« Quelle place a le corps dans votre écriture ? Quelles œuvres autour du corps vous ont marqué(e) ? »

POUR L’INDIC 37 mai 2019

Ma vie tourne autour du sens que je donne à mon corps et à celui des autres. Il est très intimement lié à l’esprit ainsi qu’au pont qui me mène ou non à l’autre au-dessus des gouffres inexistentiels. Je crois très sincèrement à une adéquation biologique des couples d’amants, par exemple. Ne vous est-il jamais arrivé de savoir que vous pourriez vous coller à la personne d’à côté et ressentir une plénitude intense du corps et de l’esprit ? Si ce n’est pas le cas je vous le souhaite. Il y a la plénitude physique du sexe pur, et l’ampleur incalculable du sexe amoureux. L’inverse se vérifie aussi. Certains corps passent la moitié de leur vie avec un autre corps alors que les deux se repoussent comme les bornes négatives d’un aimant. C’est un mystère, l’esprit humain demeure un mystère protégé au creux de ce temple qu’est le corps. Et cela me fascine complètement, m’interroge, et je le traduis dans les comportements des personnages de mes histoires. Le corps est un temple évolutif, toujours beau sauf quand son esprit souffre. Il faut donc qu’il soit à notre goût au risque de s’acharner à détruire son image naturelle avant l’heure.Le corps en tant que temple joue aussi le rôle d’une prison de l’esprit et des capacités physiques. Il noie les limites du plaisir et de la jouissance dans la souffrance et la mort et je répondrai donc que l’œuvre qui m’a le plus marquée est celle de Sade. Je n’avais pas plus de 20 ans et j’en avais déjà lu, vu et vécu des expériences liées au corps. Quels livres ? Je ne m’en souviens plus. Ce dont je me souviens en revanche c’est la destruction systématisée du temple corporel et sa dissolution dans la souffrance, le lien ténu entre soumission, destruction, plaisir et jouissance, lien qui m’est toujours étranger. Aujourd’hui, j’ai compris le génie de cette destruction du corps comme la souillure d’un temple soumis à un dieu, en lien avec la pensée des libertins et toute la pensée sadienne a participé à l’émancipation sexuelle des hommes et des femmes. Je ne supporte pas les rapports de domination quand ils ne sont pas mis en scène et je ne me libère pas de mon corps en le détruisant, ce qui est fondamental dans Petite Louve. Cette prison physique à dépasser me travaille et traverse les personnages de tous mes textes. Le handicap moteur apparaît dans deux nouvelles (Buckaroo et Supasta) et dans mon dernier roman, Mauvais Œil. Le contrôle de leur corps anime mes héros, et la possession de leur sexe (genre et plaisir) aussi.

Kim Kardashian en Mugler au Met Gala 2019

Une dernière remarque, en lien avec la question artistique de mon rapport au corps, l’esthétique du corps féminin évolue, se diversifie, et Kim Kardashian l’a bien saisi (cette évolution). Elle amplifie son temple, elle fait du tuning du corps féminin, poitrine puissante, taille fine, hanche ronde, bouche confortable. Elle reconstruit le corps archétypal des origines et l’envisage comme une entreprise matriarcale. Esthétiquement, elle se rapproche de plus en plus des vénus paléolithiques avec la différence notable que la bonne santé du corps ne passe plus par un ventre très marqué. Le corps du personnage sort de l’œuvre pour trouver une place dans la réalité.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.