MOLLUSQUE, Cécilia Castelli, 2018

Roman de métamorphose drôle, touchant aussi dans son personnage principal, Gérard, gros bonhomme très attaché à son meilleur ami, Patrice. Patrice lui fait découvrir une paillote dans laquelle les deux gourmands vont se régaler de fruits de mer à un prix dérisoire en apparence. Jusqu’au jour où la raison calorique va rappeler Patrice à l’ordre et laisser Gérard au bord de la plage à observer son ami renaître par la diète étrange et l’amour de la mer. Seul roman dans lequel le narrateur interpelle le lecteur que j’ai aimé. Le « tu » se faufile sans problème comme une petite crevette pour happer le lecteur.

« Dans le port, j’ai abandonné la partie. Tout habillé, sous le regard de mes camarades, je me suis laissé couler, de tout mon poids, je voulais atteindre le fond, me noyer. Et j’étais content. Content d’avoir trouvé cette astuce pour effacer la pisse, content de savoir qu’il ne fallait pas s’agiter pour ne pas attirer le grand prédateur. Content de mourir étouffé plutôt que d’être bouffé vivant, mis en miettes parle grand blanc.(…)Je pensais aussi à Claude. Je me disais qu’avec ma mort, il serait mis en prison, ce qui était plutôt une bonne chose. C’était sûrement une façon de sauver l’humanité. En me sacrifiant. » p.70

« Il avait aussi développé une autre manie étrange. Et celle-là aurait vraiment dû m’alerter, me mettre la puce à l’oreille. Patrice devenait philosophe à s’asseoir sur les rochers, à observer le coucher du soleil, le regard tranquille. En soi, cela n’a rien de terrible, tu vas me dire. Seulement avec le recul, cette manie de s’accrocher à des pierres faisait partie du grand tout. La métamorphose. Patrice aimait passer de plus en plus de temps le derrière posé sur la roche, près de l’eau. Il semblait se régénérer. Davantage que sur la terre ferme. Cet espace entre le sable et la mer, c’était sa maison. Une sorte de refuge. Son territoire. Même les gosses qui venaient avec leurs épuisettes pêcher le poisson ne le faisaient pas fuir. Il restait ancré à ses convictions. Immobile. À observer le soleil se refléter dans la mer. »p.96

Publié en 2018 par Le Serpent à Plumes

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