Archives de catégorie : Le Gun : réflexions

Labo personnel.

Nous sommes encore en démocratie. Pour combien de temps ?

Quelle belle époque durant laquelle nos gouvernants profitent d’un contexte morbide pour serrer le goulet des libertés individuelles et d’information et laisser les plus puissantes enseignes capitalistes se gaver tandis que les plus faibles s’appauvrissent. La culture appartient aussi aux libertés fondamentales et l’internet ne fait pas tout. La culture, c’est aussi ressentir l’œuvre en soi grâce à la présence de l’artiste ou de l’œuvre au musée. J’ai toujours fantasmé (et appliqué quand même pas mal de fois) l’exil social et la solitude. Ma vie intérieure est peuplée de mille univers jaillissants et colorés mais il est évident que les sensations s’amoindrissent dans l’exil. J’aurai bientôt 43 ans et au vu du passé je nous trouve en équilibre de plus en plus précaire. Nous aimons à regarder et critiquer ailleurs tandis que nous nous laissons embourber ici tout en tombant dans le désamour du pays. C’est ici et maintenant que nous vivons, nulle vie intérieure sans être physique. Et c’est aussi à nous de ne pas accepter le « confort de la cage » tout en réalisant bien que nous avons encore beaucoup à perdre. Si nous abandonnons nos droits « non-nourrissiers », ils ne nous laisseront plus que la cage et l’endettement pour toujours alimenter en cash les puissants. Alors non à l’infantilisation et soyons responsables. Nous sommes encore en démocratie et nous voterons plus pour un futur modèle social que pour un ou une cheffe d’État en 2022.

Yggdrasil, Roger Creus Dorico

L’écriture du chaos-notes explosées du seize juin 2020

depuis longtemps je tourne autour sans n’y jamais plonger qu’un doigt et encore que très récemment c’était fin mai pour un texte court et j’ai tellement aimé écrire cette nouvelle (qui pour l’instant prend demeure dans mon cloud)

avant la crise covid19 – est-ce terminé- je travaillais un trio dont un personnage de romancier spécialisé dans le postapo/c’était un homme quadragénaire dont j’avais décidé de ne pas faire un passionné un passionné doit avoir peur de manquer et nous les femmes avons plus peur de manquer que les hommes parce que nous recevons moins depuis le temps des grottes/ ça change et il faut l’inculquer à nos filles

c’est peut-être pour ça que le vieux monde tremble parce que celles et ceux qui n’ont jamais reçu auxquels on a toujours pris sur lesquels on s’est servi, ces celles et ceux-là n’acceptent plus ou refusent de se faire complices alors le vieux monde tente une dernière embardée pour nous faire croire qu’on va tous mourir si on bouge un peu plus/en revanche ce personnage de romancier quadragénaire spécialisé (donc) dans le postapo s’occupait de son bébé garçon et faisait face à la difficulté d’écrire dans ces conditions d’occupation mentale/ mise en abîme des textes ou films postapo dans lesquels assez souvent les femmes sont démissionnaires de leurs responsabilités du maintien de la vie ou du moins n’arrivent à rien sans les hommes/mon rapport à ce personnage masculin est ambivalent mais en faire un sale con aurait été par trop facile

La constellation du chien de Peter Heller, un beau roman complémentaire homme femme/Dans la forêt de Jean Hegland raconte la vie de deux sœurs lors d’une transition apocalyptique (faut vraiment que je fasse une note sur ce livre)/ bref pour le reste la masculinisation de l’apocalypse est encore un moyen de garder un peu ce qu’on pourrait perdre si le monde changeait

et sans aller jusqu’à penser la fin on peut imaginer vivre un changement d’ère et tirer de la fiction écrite une vérité pour l’après/parce que l’humain depuis le temps des grottes équilibre ses frustrations par l’art et ce n’est pas l’art qui produira concrètement la farine mais c’est l’art qui nous offre la conscience collective de la beauté, et il faut détruire pour créer/bref avec le personnage de romancier postapo je draguais le chaos en eaux métatextuelles et il est fort possible que ce soit une stratégie de l’évitement alors que les révolutions sont en moi

je les regarde trop sans y participer-malédiction du présente sans l’être- et la seule façon d’entrer dans ces masses en mouvement est de les écrire/et sinon tu trouveras plein de photos du maître Kubrick sur le site Getty et tu as le droit d’utiliser ces images gratuitement sur un site web sans visée financière

American director and producer Stanley Kubrick on the set of his film, The Shining. (Photo by Murray Close/Sygma/Sygma via Getty Images)

ACTION RÉACTION

ACTION RÉACTION, comme on dit à l’armée. Vu que je pérennise les publications d’articles courts à propos de livres d’autrices cette année , j’ai fait de la place à droite pour accueillir plein de nouveaux ouvrages. J’inverse le ratio, j’ai gardé juste quelques gars et des filles que je n’ai pas encore lus. Les autres sont retournés dans les cartons de mon déménagement, ceux que je veux garder proches sont dans les caisses sous la stéréo.

Je finis l’avant-dernier de Jean Echenoz et j’entame Gran Madam’s d’Anne Bourrel.

La prochaine publication sera à propos de Sauvage de Jamey Bradbury.

Dans un rythme à la coule car il y a aussi numéro trois qui avance pas mal mais tant que ce n’est pas fini, tant que ce n’est pas nommé, ça n’existe pas.

Des filles, des filles, des filles !

J’ai décidé pour 2020 tintin de … de … DE CONTINUER ET DE NE CHRONIQUER QUE DES AUTRICES,

tout en écrivant perso (évidemment).

Ce qui ne signifie aucunement que je serai tendre quand un roman est mauvais.

Ce qui ne signifie pas non plus que je vais arrêter de lire nos camarades masculins mais je n’en parlerai pas ici, ils trouveront largement assez de place ailleurs.

Katrina Del Mar

LES ECRIVAINES

(celles que j’ai lues dans un désordre mémoriel)

Laura Kasischke, Caroline QUINE, Jeanne BOURRIN, Maryse CONDÉ, JK ROWLING, Mary HIGGINS CLARK, Jamey BRADBURY, Jean HEGLAND, Toni MORRISON, Susan SONTAG, Emily ST JOHN MANDEL, Agatha CHRISTIE, Patricia CORNWELL, Elizabeth GEORGE, Patricia HIGHSMITH, Flannery O’CONNOR, Marguerite DURAS, Hannah ARENDT, Fred VARGAS, Isabelle DESESQUELLES, Louise CHENNEVIèRE, Madame de LAFAYETTE, la comtesse de SéGUR, Elfriede JELINEK, Virginie DESPENTES, Claude GAUVARD, Elsa MARPEAU, Anouk LANGANEY, Dominique MEMMI, Anne RICE, Tara LENNART, Roxane GAY, Chloé DELAUME, Annie ERNAUX, Kerry HUDSON, Halina POSWIATOVSKA, Anne SEXTON, Sabine HUYNH, Mary SHELLEY, Annie PROULX, Edna O’BRIEN, Martha GELLHORN, Catherine POULAIN, Martha GRIMES, Paméla RAMOS, Catherine YSMAL, Sylvia PLATH, Cynthia ATKINS, Carole ZALBERG, PD JAMES, Zadie SMITH, Amandine DHéE, Laurence BIBERFELD, Amélie NOTHOMB, Brigitte AUBERT, Marie DARRIEUSSECQ, Christine ANGOT, Cécile COULON, Megan ABBOTT, Sandrine COLLETTE, Gillian FLYNN, Gabrielle WITTKOP, Bonnie Jo CAMPBELL, Anne BOURREL, Dorothea BRANDE, Françoise SAGAN, Elena FERRANTE, Sarah KANE, Lorie MOORE, Virgina WOOLF, Helen ZAHAVI, Joyce Carol OATES, Djuna BARNES, Simone WEIL, Dominique AURY, Simone de BEAUVOIR

Dans cette liste à première vue pusillanime, il en manque, des écrivaines, celles que j’ai oubliées aujourd’hui et celles que je n’ai pas encore lues (dont beaucoup sembleraient incontournables mais la lecture de romans est un processus personnel d’accompagnement, de soutien ou d’étapes). Certains de leurs livres ont atterri contre un mur, quelques-uns ont changé réellement ma vie quand un seul livre d’homme a produit une modification consciente chez moi. Pourtant, si je devais faire une liste des écrivains, elle serait évidemment plus longue, n’est-ce-pas ?

Un commentaire en conclusion : le principe de littérature est accordé aux écrivains en amont de leur œuvre, aux écrivaines très rarement (sag niemals nie…) ou bien après l’aval (de serpents gros comme leur poing).

Et un exemple sibyllin (parce que c’est assez difficile comme ça) : j’ai vu passer un jour une publication sur un réseau d’une huile du monde du livre qui encensait un écrivain (que j’aime lire) décédé environ une année plus tôt, évoquant ses écrits sans fard sur le problème des races et des communautés aux Etats-Unis, indiquant qu’il était LE grand écrivain (au sens universel des genres) de ces thèmes. C’était dit sans arrière-pensée, sans méchanceté aucune, de la manière la plus naturelle du monde. Sauf que quelques mois plus tôt, Toni Morrison aussi nous avait quittés. J’en ai eu des larmes de rage.

« Quelle place a le corps dans votre écriture ? Quelles œuvres autour du corps vous ont marqué(e) ? »

POUR L’INDIC 37 mai 2019

Ma vie tourne autour du sens que je donne à mon corps et à celui des autres. Il est très intimement lié à l’esprit ainsi qu’au pont qui me mène ou non à l’autre au-dessus des gouffres inexistentiels. Je crois très sincèrement à une adéquation biologique des couples d’amants, par exemple. Ne vous est-il jamais arrivé de savoir que vous pourriez vous coller à la personne d’à côté et ressentir une plénitude intense du corps et de l’esprit ? Si ce n’est pas le cas je vous le souhaite. Il y a la plénitude physique du sexe pur, et l’ampleur incalculable du sexe amoureux. L’inverse se vérifie aussi. Certains corps passent la moitié de leur vie avec un autre corps alors que les deux se repoussent comme les bornes négatives d’un aimant. C’est un mystère, l’esprit humain demeure un mystère protégé au creux de ce temple qu’est le corps. Et cela me fascine complètement, m’interroge, et je le traduis dans les comportements des personnages de mes histoires. Le corps est un temple évolutif, toujours beau sauf quand son esprit souffre. Il faut donc qu’il soit à notre goût au risque de s’acharner à détruire son image naturelle avant l’heure.Le corps en tant que temple joue aussi le rôle d’une prison de l’esprit et des capacités physiques. Il noie les limites du plaisir et de la jouissance dans la souffrance et la mort et je répondrai donc que l’œuvre qui m’a le plus marquée est celle de Sade. Je n’avais pas plus de 20 ans et j’en avais déjà lu, vu et vécu des expériences liées au corps. Quels livres ? Je ne m’en souviens plus. Ce dont je me souviens en revanche c’est la destruction systématisée du temple corporel et sa dissolution dans la souffrance, le lien ténu entre soumission, destruction, plaisir et jouissance, lien qui m’est toujours étranger. Aujourd’hui, j’ai compris le génie de cette destruction du corps comme la souillure d’un temple soumis à un dieu, en lien avec la pensée des libertins et toute la pensée sadienne a participé à l’émancipation sexuelle des hommes et des femmes. Je ne supporte pas les rapports de domination quand ils ne sont pas mis en scène et je ne me libère pas de mon corps en le détruisant, ce qui est fondamental dans Petite Louve. Cette prison physique à dépasser me travaille et traverse les personnages de tous mes textes. Le handicap moteur apparaît dans deux nouvelles (Buckaroo et Supasta) et dans mon dernier roman, Mauvais Œil. Le contrôle de leur corps anime mes héros, et la possession de leur sexe (genre et plaisir) aussi.

Kim Kardashian en Mugler au Met Gala 2019

Une dernière remarque, en lien avec la question artistique de mon rapport au corps, l’esthétique du corps féminin évolue, se diversifie, et Kim Kardashian l’a bien saisi (cette évolution). Elle amplifie son temple, elle fait du tuning du corps féminin, poitrine puissante, taille fine, hanche ronde, bouche confortable. Elle reconstruit le corps archétypal des origines et l’envisage comme une entreprise matriarcale. Esthétiquement, elle se rapproche de plus en plus des vénus paléolithiques avec la différence notable que la bonne santé du corps ne passe plus par un ventre très marqué. Le corps du personnage sort de l’œuvre pour trouver une place dans la réalité.

L’infans

– Tu as droit à ton premier milkshake, infans.

Une montée de lait foudroya ses seins à la seconde où le bébé hésita sur la tétine du biberon. De sa langue rose, il repoussa l’ensemble. Elle goûta, ce n’était ni trop chaud, ni trop mauvais, pas mal même, mais le lait ne sortait que difficilement. Elle se souvint de le dévisser afin que l’air s’échappe et permette un meilleur écoulement, elle renfonça le tout dans la bouche du bébé. Il rechignait toujours. Elle sentit les cheveux de sa nuque se dresser et tout son corps se crispa autour des seins qui réclamaient la bouche de l’enfant. Elle songeait à le poser par terre avant que l’envie de balancer le bébé à travers la pièce se fasse trop troublante ; il commença à téter son biberon. L’émotion paradoxale d’abandon de son enfant à une tétine plastique et de libération de sa poitrine, de son corps, de son être, provoqua un flot de larmes. Le biberon, loin de la délivrer de son aigreur d’exister en tant que mère, lui offrit du moins un répit dans son imperium de femelle mammifère.

MVM

Love

je choisis mon mot

parce que tu ne te lèves pas pour moi le matin

tu ne chies pas pour moi

tu ne travailles pas pour moi

tu ne me baises pas non plus

moi

je choisis mes mots

et les place avec soin

dans chaque chambre du barillet six coups

.TE

.PLIER

.MA

.VOLONTÉ

(virgule)

.CARNASSIER

je choisis mon mot

et me le colle dans la poitrine

là où ça blesse

puisque sans cœur

pas de mot

MVM

Reste l’essentiel

Passent les jours, reste l’essentiel,
et les passeurs,
dans le coeur des radicaux aux mains vides.

MVM

(source photo John Jeffreys )

L’analyse de nos fautes dans le cigare tordu de Lacan

J’ai beau écrire tous les jours, à certains moments, mon cerveau fatigué me trahit. Et il me feinte la plupart du temps en trois points précis, dans l’ordre décroissant de la fréquence de la trahison : Continuer la lecture de L’analyse de nos fautes dans le cigare tordu de Lacan