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Le pèlerin et le bavarian director

Il y a deux ans, je me suis offert ma seule et unique masterclasse sur un site américain très connu et commercial que je ne citerai donc pas, celle du réalisateur Werner Herzog. J’ai vu quelques uns de ses films, ses journaux Conquête de l’inutile et Sur le chemin des glaces font partie des livres que je ne donnerai jamais. Ils sont dans ma valisette d’urgence. Quand après sa célèbre litanie (read read read read read read read read read read you must read) le vieux Bavarois de Los Angeles explique que le premier à lire absolument c’est Le Pèlerin de J.A. Baker je me renseigne. Le livre, paru au Mercure de France en 68 et chez Folio en 89, traduit en français par Elisabeth Gaspar, est bien sûr indisponible sinon ce serait par trop facile. Je n’ai pas le niveau d’anglais suffisant pour découvrir un livre en anglais surtout un journal si intimement relié à la nature.

Entre-temps, ont paru des articles anglophones à son sujet que je ne lisais pas afin de ne rien divulgacher du texte lui-même, Robert MacFarlane a établi la postface de l’édition anglaise des cinquante ans en 2017, et plus récemment je voyais sur son compte Twitter que Sabine Huynh aurait aimé le traduire en français.

Aujourd’hui, je l’ai enfin trouvé (en Allemagne) et je vais attendre un peu pour le lire. En revanche, je reproduis ici la magnifique quatrième de couverture (ce qui n’est pas si fréquent) :

« Roman, journal d’un seul hiver, livre de nature, long poème, cet ouvrage est né de dix années d’affût, et d’un si long regard que l’œil qui observait s’est peu à peu identifié à l’oiseau qu’il pourchassait, dans une vallée débouchant sur les marécages de l’estuaire de la Tamise. Mon faucon pèlerin, dit J.A. Baker, c’était mon Graal. Maintenant, il est parti. La longue poursuite a pris fin. Peu de faucons pèlerins sont encore en vie. Beaucoup d’entre eux meurent, couchés sur le dos, tentant de se raccrocher désespérément au ciel dans leurs dernières convulsions. J’ai donc tenté, avant qu’il ne soit trop tard, de reconstituer l’extraordinaire beauté de cet oiseau et de communiquer la magie du pays où il vivait. C’est un monde qui s’éteint, comme Mars, mais dont le rayonnement est encore le même.« 

Cette intuition d’assister à un effondrement, une transition d’âges humains, notifiés par la disparition des oiseaux rares, rassemblent le réalisateur et Baker et je les suis un pas après l’autre.