A MAINS NUES, Amandine Dhée, 2020

Avec La Femme Brouillon (prix Hors Concours 2017) , Amandine Dhée interrogeait son rapport politique à sa propre maternité, son nouvel état de mère en confrontation avec les schémas sociaux préconçus pour nous, les mères, qu’ils viennent de points de vue négatifs ou positifs, de notre camp ou non, mais surtout pas de nous seules. Elle racontait son histoire de femme enfantante en refus du statut de mère parfaite. Elle acceptait de « partager » la responsabilité de l’infans (comme j’aime moi-même nommer les nouveaux-nés), conquérante de l’inutile, n’oubliant surtout pas que les pères peuvent aussi se charger de l’enfant dans la routine exténuante du quotidien.

Dans le récit A Mains Nues, à paraître le 17 janvier 2020, Amandine Dhée accompagne ses lecteurs sur le chemin de l’intimité des individues. Grâce à son histoire, elle nous raconte la nôtre, ou ce qu’elle aurait pu être. L’autrice réussit dans une langue précise, douce, simple (et la simplicité est loin d’être une facilité technique) à faire la synthèse des moments marquants de la découverte du lien qu’elle entretient avec son corps, des plaisirs qui mènent au bien-être ou à la jouissance, de la curiosité du corps des autres. Nulle autofiction trash ici, geste littéraire (légitime, évidemment) tendant à l’autodestruction d’un soi pour en sauver un autre. Non, la maison accepte tout le monde,

sauf les prédateurs sexuels, les violeurs, les destructeurs, les salops, les vicieux, les patriarches (ou matriarches) de la bite qui rient entre eux la bouche fermée pour cacher leurs dents pourries sur un air entendu en songeant à leur dernier cannibalisme,

la femme s’accepte et accepte les autres dans le respect des consentements et des désirs du moment, différents en fonction des âges et des états. Chacun d’entre ses états de femmes sont catégorisés par une société souhaitant à tout crin nous voir entrer dans une catégorie et gare aux bûchers pour celles d’entre nous qui s’y refuseraient. Amandine Dhée, à travers un récit mêlant histoire intime et histoire des femmes à la fin du XXème siècle, nous raconte dans notre rapport à nous-mêmes, aux autres femmes, au couple et à la cité ; comme il est complexe de se placer dans le monde, et non comme un outil fonctionnel, de trouver notre viatique.

Cette conquête de soi, si elle passe par le cerveau, ne peut se faire sans la conscience de son corps et du plaisir assumé publiquement et la maison d’édition La Contre Allée place un charmant et discret colophon en forme de clitoris en fin d’ouvrage, ce qui me permet de dire comme je trouve l’objet livre A Mains Nues, sobre, esthétique, agréable au toucher.

Ce qui est donc absolument remarquable dans ce récit c’est la peinture intime et tellement exacte des femmes de notre génération éparpillées entre les choix personnels, les diktats sociaux et le désir d’être, de vivre avec les différentes identités qui peuvent nous animer. Une sorte de non-fiction appliquée à l’intimité sans posture, centrée sur le soi de l’autrice, sans crispation, doux, comme un flux, au point que le récit semble léger, comme un souffle d’air, un souffle de plaisir. La langue fait corps avec le sujet (parce qu’Amandine Dhée écrit sur ce qu’elle sent) et le travail de la langue nous offre un livre sans un mot de trop, ni mot qui manquerait. La translucidité de l’écriture est très jolie. J’espère que ce livre charmant, responsable, tranché dans ses principes de respect de l’autre, mais aussi solide en amitié envers les femmes, les hommes et les enfants (respect de la multitude des désirs en chaque individu) trouvera un chemin vers le cœur des lecteurs.


L’autrice dans un extrait que je choisis avec soin au sujet Me too : « Je ne publie rien sur les réseaux sociaux. Je ne parviens pas à franchir le pas. Pas mon endroit. Quelque chose résiste en moi et je ne veux pas céder à la vague par devoir. Derrière ces millions de Me Too, il y en a peut-être beaucoup d’autres comme moi, silencieuses et solidaires. »

(Les mots ou passages en italique sont soit anglais, soit personnels.)




1 réflexion sur « A MAINS NUES, Amandine Dhée, 2020 »

  1. Bonjour Marie, je découvre votre chronique et vous remercie pour votre lecture sensible et aiguisée, qui me touche beaucoup. Je vous souhaite une belle journée. Amandine

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