Archives mensuelles : mars 2021

Michèle Pedinielli, Diou Boccanera et la patience des immortelles

La patience de l’immortelle, troisième roman de Michèle Pedinielli, est en librairie depuis jeudi 18 mars.

Avant de découvrir Diou Boccanera, son personnage principal, j’ai rencontré Michèle Pedinielli à Mauves en Noir en 2019. Michèle, tu as tout de suite envie d’être sa cops, c’est un soleil, de ceux qui te réchauffent un groupe qui a de l’eau dans le gaz ou la conversation en berne. Elle est une athlète du rapport humain. Elle te donne du courage, de la résistance. Elle donne un peu l’exemple aussi parfois. Bref. Pour moi, connaître Michèle, c’était vouloir la lire encore plus qu’avant. Avant, tu as tes Pàl, ensuite, tu reviens de la librairie avec ton Après les chiens (oué, j’ai lu dans le désordre). Tu découvres Diou Boccanera, et tu ris tant elle est drôle.

De tous les polars que j’ai lus, il y a quelques personnages récurrents marquants comme par exemple Pete Marino dans les premiers excellents Patricia Cornwell, Adamsberg de Fred Vargas, bien sûr. J’ai beau gratter dans ma mémoire et, malheureusement, des manques dans mes lectures et par le malheur de l’oubli, rien ne me vient en tête quand il s’agit d’une femme enquêtrice, personnage principal d’une série que j’aimerais bien lire, hormis les Alice Détective, le premier livre que je me souvienne avoir lu, et les Fantômette. De Fantômette, je ne me souviens que du filou en costume d’alpaga. Miss Marple m’emballait moins, pour autant de bonnes et de mauvaises raisons qu’il y a de lecteurs et de choix de lecture. Diou Boccanera, elle est marquante. Michèle Pedinielli a vraiment réussi son personnage d’enquêtrice autonome sans être misandre. Et comme souvent, pour créer un bon personnage récurrent, il faut avoir vu des trucs et accompli deux ou trois choses.

Michèle Pedinielli est née en avril 1968. Le mois suivant, elle défilait en poussette sur le pavé niçois. Issue d’une famille italo-corse ancrée à gauche, l’enfant a poussé dans du terreau bien riche des droits humains. A 18 ans, la belle plante du Sud quitte sa province à grands coups de docs dans la porte. Adiou Nice, bonsoir Paris, les études et la fête. Quelques années après, elle boucle cette boucle en devenant journaliste pour L’Etudiant. Fin des années 90, elle négocie au bon moment le virage de la communication virtuelle et devient formatrice dans ce domaine pour les journalistes en rade dans l’ancien monde de la diffusion médias.

En 2008, retour au soleil, retour à Nice, ville au centre nissart, un cœur de caractère, chaleureux, humain, gourmand. L’autrice est à cette image, le cœur en résistance contre d’autres parties du corps urbain connues pour leur attachement aux politiques d’extrême-droite.

Comme toutes celles et ceux qui avancent malgré les périodes frein à main, Michèle Pedinielli s’engage dans un nouveau tournant en 2015 : l’écriture de fiction. Lors d’un séjour professionnel à Paris durant lequel sa vie niçoise lui manque, elle crée le personnage de Ghjulia Boccanera, détective niçoise célibataire et sans enfant. Boccanera le roman éponyme sera publié par les éditions de l’Aube en 2018. Suivront dans la même maison d’édition Après les chiens en 2019 et La patience de l’immortelle en 2021.

Si vous cherchez de l’enquêteur double-dédé (détective désagréable désabusé désocialisé), surtout ne raccrochez pas, restez bien en place : Michèle Pedinielli va vous rafraîchir les yeux et vous rendre la santé. Son coup de maîtresse, c’est Diou Boccanera autour de laquelle s’articulent les trois intrigues des romans. Le lectorat n’est pas obligé de se fader toujours les mêmes mythes de vieux mâle étouffé par sa certitude d’appartenir à la caste dominante, refusant l’amour car « non, femme, je vais te faire souffrir ensuite », certaines s’entravant à pieds joints dans la relation toxique et leur rôle de consolatrice masculine (l’autre mythe de la femme infirmière, réponse du berger à la bergère). Non. Le lectorat à 60% féminin peut décider de suivre les aventures d’une détective niçoise ni bêcheuse ni total bitch motherfucker style.

Dans Boccanera, la détective Diou et sa bande d’ami.e.s, toujours prête à lui rendre service ou à la rencarder, s’engage dans la résolution du crime d’un homosexuel, mécène d’art contemporain tirant sa fortune du bâtiment. La police soupçonne un meurtre à caractère homophobe mais Diou grattera plus loin au péril de sa vie. Je m’arrête là pour le pitch mais tu dois absolument savoir que ce roman te donnera à lire l’une des scènes de sexe les plus fantastiques que j’ai lue dans le polar.

Après les chiens mène le lecteur sur les chemins de l’histoire et du fossé qui se creuse en période de crise entre les aidants et les repliés. Deux histoires s’entremêlent avec poésie, celle du jeune migrant africain retrouvé assassiné en contrebas du parc de Rauba Capeu en centre-ville de Nice et celle d’un voisin passeur des Alpes pour les Juifs et les résistants durant la Seconde Guerre mondiale. Là encore, Diou risquera sa vie avec humour et grâce au cours des péripéties.

Si Boccanera et Après les chiens se déroulent à Nice et dans l’arrière-pays, avec La patience de l’immortelle, Michèle Pedinielli relève le défi d’exiler Diou en Corse. Une journaliste d’investigation de France 3 Corse ViaStella est retrouvée carbonisée dans le coffre de sa voiture. Son oncle, ami-amant de Diou, ne croit pas les gendarmes, premier sur les lieux du crime, et les policiers chargés de l’enquête capables de s’entendre. Confiant au contraire dans le mutisme des gens de son village, il demande à Diou d’utiliser sa gouaille, son intuition et sa capacité d’adaptation pour dénouer l’écheveau de l’intrigue et découvrir l’assassin de sa nièce.

Avec ce troisième volet des aventures de Diou, les éditions de l’Aube ressortent Boccanera et Après les chiens en poche. S’il est vrai que vous achetez toujours autant de livres malgré ou grâce au confinement et à la pandémie, n’hésitez pas à découvrir la série de Michèle Pedinielli. Son art de transmettre les thèmes sociaux d’actualité en les canalisant grâce à une enquêtrice légère, drôle et intelligente font de ses livres de délicieuses évasions littéraires.

MVM

Vous trouverez dans L’Indic n°43 (suivre le lien) un dossier Art & Polar ainsi que deux pages d’entretien entre Michèle et moi à propos de la naissance de Diou.