TRUE DETECTIVE : la fin ne justifiait pas les moyens

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas TRUE DETECTIVE, c’est THE crime show dont les Amerloques ont débattu l’an dernier entre la poire et le fromage. Ont surtout été abordées les questions de plagiat ou non par Nic Pizzolato des philosophes pessimistes, anciens ou contemporains, et de quelques répliques de comics. Je ne sais rien à ce propos, je suis une grande contemplative (aujourd’hui) mais piètre philosophe, quant aux vignettes de comics, à force d’en lire, on ne sait plus qui pique quoi à qui. Rappelons à toutes fins utiles que sans faire de plagiat (c’est péché), la conversation entre les auteurs et les artistes nourrit le blossoming de l’esprit et de la littérature depuis la Bible (au moins). Quelques grands thèmes traversant la série (identité, monstres, violence, etc…) ont fait l’objet d’articles fouillés. Les Amerloques (que j’aime bien, par ailleurs) ont élevé le débat culturel autour d’une série télévisée… Bon, Télérama et Les Inrocks s’y sont collés aussi. Juste pour dire.
Je vais faire court parce que si la série ne m’a pas déplu, je fus bien marrie d’être si déçue à la fin. Généralement, quand ça mousse, j’attends que ça retombe pour m’éviter l’effet de foule, je suis agoraphobe des idées instantanées. J’ai donc sagement attendu que Canal Plus diffuse les épisodes et j’ai tenté.
L’historique de mon ressenti au visionnage ne t’intéresse pas alors venons en au fait.
Il y a de très bonnes raisons de regarder TRUE DETECTIVE quand le grand raout de la vie quotidienne te lâche un peu la grappe. D’une part, l’esthétique est superbe, la musique formidable, le rythme sort de l’action boum boum habituelle pour ce genre de format. Et, mes ami(e)s, Matthew McConaughey et Woody Harrelson vont vous montrer la différence entre un planton de série B et un grantacteur (en plus d’être terriblement sexy et vicieux). Même s’il SEMBLE qu’ils aient chacun un rôle cliché des dummy et brainy flics, l’éventail du jeu est large et subtil. Et sans se voiler la face plus longtemps, ce sont deux des plus vicieux et sexys (oui, BIS). Si tu as vu KILLER JOE, tu me comprends. Matthew McConaughey joue le rôle du flic torturé et gothicoromantique qui en a chié des ronds de chapeau : sa femme l’a quitté à la mort accidentelle de leur fille et depuis tout n’est que descente aux enfers. Woody Harrelson s’est choisi le rôle du flic efficace et borné qui aurait une vie de famille idéale s’il ne fuyait cet enchaînement dans l’alcool (névrose communautaire des hommes) et les femmes. Quoi qu’il en soit, on aurait envie de baiser les deux à mort et d’être les reines du monde. Attention, cette dernière phrase est à mon avis exactement ce que doit penser le cœur de cible féminin de la série. Mais Harrelson et McConaughey font ça bien et comme souvent le sexe ne se trouve pas tant dans la scène de sexe que partout autour. Aux USA, la sexualisation des rapports dans le quotidien est forte mais il ne faut surtout pas lever ce voile.
Si le sexe est partout, il faut donc chercher la femme, ou plutôt les femmes. Et là, je ne vais pas insulter l’intelligence des brainstormers du tankscreenplay sauf que franchement, merci bien . . . Elles sont mortes, maîtresses, putes, traîtresses, droguées, fin de race, mère tueuse, mère souffreteuse, folles, vieilles et j’en oublie sûrement. Vous me direz :
« Et alors, t’es pas contente justement ? »
Non. Non, je ne suis pas contente parce que toutes ses charmantes et très humaines filles et femmes ne servent qu’à deux choses : mettre les hommes en lumière au miroir de leurs victimes et les femmes sont des victimes dans cette série. Prenons l’exemple de l’épouse de Woody Harrelson, jouée par Michelle Monaghan. Excellente mère de famille, infirmière (rha le cliché, quoi…), ultra-mince, de beaux cheveux, les dents blanches, patiente avec son mari absent, elle lui pardonne une grosse incartade avec une très belle poitrineuse, qui n’est pas une pute mais travaille au tribunal, libre et libérée, fait que Marty n’accepte pas, lui trompe sa femme et sa maîtresse est à lui. Tu cliches le cliché ? L’épouse reste aux côtés de Marty et gère l’adolescence très sexuée de son aînée qui ressemble tellement à son père que ce dernier la gifle pour ce péché incroyable. Elle reste aussi parce que Rust (Matthew McConaughey) lui rappelle, selon les pires misophilosophoques pessimistes, que la vie n’est qu’un long cauchemar, que les parents se mettent ensemble pour perpétuer l’espèce et c’est tout, qu’il faut donc avoir le sens des responsabilités et RESTER. Elle tient l’excuse de sa vengeance contre Marty quand celui-ci recommencera son manège avec une ancienne prostituée. Elle part trouver Rust qui ne résiste pas et la saute en levrette contre le bar de son appartement dont les murs sont dévolus à l’intrigue (dont je me tape présentement). Ils baisent à fond trente secondes la tête dans les cadavres. Entraves-tu la symbolique ? Et le pauvre Rust, une fois soulagé, se rappelle qu’il vient de se faire la femme de son collègue et la fout dehors. Il est saoul comme une barrique, contrairement à elle, il peut donc être pardonné.

La question que je me pose est donc la suivante : les intellectuels rassemblés autour de la création de cette série (ne généralisons pas…) seraient-ils misogynes et impuissants ? Peut-être.

Une dernière question : Quel était l’objectif de HBO avec cette production ?

HBO sait bien que son public cible doit être le plus large possible pour péter un gros succès financier, et que ce succès est assuré par la couche sociale aisée, les cadres moyens supérieurs, avec tous les clichés que ça trimballe. Et le pire cliché, celui que je déteste le plus, est le cliché dissimulé sous un masque d’intellectualisme. Il faut donc faire du sexy, du violent, de l’intelligent, du déviant en faisant bien gaffe de ne pas dépasser les bornes pour garder son cœur de cible pépette. Les rednecks sont donc méchants, consanguins, pervers et débiles. Les femmes pauvres du bayou délaissent leurs enfants quand elles ne les tuent pas les uns après les autres, les drogués sont débiles (sauf Rust qui s’en est sorti avec des séquelles neurologiques et ne replonge que pour les nécessités du service ; et il est tellement génial qu’il équilibre l’indigence cérébrale d’une brassée de rednecks à lui tout seul). Les femmes quant à elle ne sont là que pour causer torts et tourments aux hommes. La vie n’est donc qu’un long chemin de croix pour tout humain ici bas.

Pour plaire aux gonzesses, Pizzolato et la production ont tourné une happy end. Là, aussi, quand tu passes 8 épisodes à faire dire à l’un des personnages principaux que l’existence n’est qu’un long cauchemar et que tu balaies tout en quelques lignes de scénar’ durant les dix dernières minutes du dernier épisode, tu te fous un peu de la gueule du monde. Parce qu’il n’y a aucune autre raison de la tourner comme ça, la fin, excepté faire plaisir à un cœur de cible, une audience, des spectateurs.

Et puis, ils savent aussi peut-être que les femmes sont leur propre tombe parfois, qu’elles aiment bien voir des plus salopes ou mauvaises mères qu’elles, que ça les rassurent, qu’elles ont envie de baiser à mort les deux héros et de leur offrir la rédemption impossible de la femme totale pouffémaman, qu’elles ne veulent donc pas voir mourir les héros sinon elles débranchent HBO.

En fin de compte, HBO a voulu secouer les lignes des foyers en proposant une série un peu plus élevée que d’habitude, très esthétique, avec de fabuleux acteurs sans aller au bout de la démarche intellectuelle, en s’appuyant sur les minorités ou les plus faibles pour mettre en valeur les foyers de cadres moyens supérieurs qui paient pour HBO ou pour les produits balancés pendant les pubs.

Regarde HBO, sois bien secoué, sors de chez toi et va travailler, parle de HBO, rentre chez toi, mange les produits que tu as vus dans la série HBO et regarde HBO avec ta femme ou ton mec avant d’aller te coucher, soulagé(e) de n’avoir pas dévié du droit chemin grâce à TRUE DETECTIVE.

Amen.

MVM

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