Que reste t-il de nos amours ? Rien

Un peu plus tôt, j’écoutais Que reste t-il de nos amours ? chantée par Françoise Hardy et Alain Bashung. Je suis tombée dessus sous la douche. Elle coule avec difficulté, tant le calcaire obstrue le pommeau. Depuis deux mois, chaque matin, je me fais cette réflexion : il faut nettoyer les scories, dissoudre, passer l’éponge. Et  je pense toujours à mettre de la musique sur le portable, jamais à entrer dans la douche avec le produit nettoyant.
La voix de Bashung coulait sur mon corps et si la reprise des mots bleus ne m’a pas ébranlée, la chanson de Trenet a gâché mon humeur égale. Comment être aussi léger avec l’amour disparu ? Du mensonge pour calmer les esprits faibles, tambourinait mon cerveau. Bien entendu, j’ai feint de ne pas sentir mon coeur s’emballer, j’ai feint de prendre ça de haut, avec un « peuh » dédaigneux. Puis j’ai compris que Trenet me disait tout au long de la douceur désuète d’une chanson qu’il ne reste rien des amours mortes, à l’exception d’un souvenir qui nous poursuit sans cesse, donc, si on le laisse faire.

En sortant du baquet négligé, j’ai jeté une grande serviette éponge sur ma chevelure raréfiée, une autre sur mon petit corps massif, j’ai vérifié le nom de la chanteuse qui accompagne Bashung sur cette reprise, j’ai allumé une cigarette et je me suis assise à ma table en écoutant l’album Is This Desire ? de PJ Harvey.

« Putain, heureusement qu’il y a les amours mortes pour nourrir les artistes stériles — oui, mon humeur était exécrable à ce moment précis. La douceur/douleur nostalgique, ça me les brise. Les amours passées, c’est se regarder en face et frotter son poignet à de la toile émeri. Ne reste que … »

Et j’ai fait une liste de ce qui reste purulent de toutes les amours passées, en excluant la fois contrainte et forcée parce qu’il ne faut pas tout confondre.
J’ai couché en une liste sur un carnet tous mes détails, des mots hachés, pointus, pathétiques, pulsionnels et étudiés.
Parce que la pensée, quand elle naît du quotidien et de sa rancœur, se concrétise et se range en se concluant par un écrit qu’on ne relira sans doute jamais, plein de pudeur pour la vision d’un soi tordu par ce qui fait souffrir, exaspéré aussi par la banalité de ce mal.
L’essentiel, c’est d’être encore là et d’éloigner les ténèbres à chaque mot tracé.

MVM

 

 

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