Quand Maurice Szafran se renverse le café sur la braguette.

— Sur les propos de Maurice Szafran à propos des femmes dans les bars en Corse —
(Faites passer, siouplé.)

Je ne suis pas Corse, je réside en Corse depuis tellement longtemps que j’ai oublié qui j’étais avant.
La Corse est une société pleine de contradictions, très patriarcale et très matriarcale. Les deux.
Hier Maurice Szafran a expliqué sans se voir opposer aucune contradiction que les femmes, en Corse, étaient mal accueillies dans les cafés, comme dans le 93.
N’importe qui peut être mal accueilli dans un café en Corse, si le serveur ou la serveuse n’est pas courtoise, si le ou la cliente est désagréable.
Mais laisse-moi te dire, Maurice, que c’est toi le macho misogyne qui prend ta vérité pour une évidence. Tu vois en Corse ce que tu aimerais y voir quant aux Corses et aux femmes corses, aux gens qui habitent en Corse. Tu voudrais que les gens qui habitent en Corse t’approuvent, que les touristes te fassent la ola, tu veux sûrement juste faire parler de toi. J’ai toujours pris le parti de me taire, d’éviter de faire de la publicité aux imbéciles mais, finalement, je fais le jeu des médias aussi imbéciles que leurs invités. À force de se taire, on laisse toute la place publique à la parole sans fond, futile, blessante, la parole parisienne des gens qui passent à la télévision et vendraient leur âme au diable pour un bon mot.

Alors mise au point générale, la Corse n’étant pas exempte des problèmes inhérents à toutes sociétés (je parle des viols et du reste), ni exempte des problèmes de violence liés au banditisme (et c’est très calme en ce moment, pourvu que ça dure) :
Comment vit-on au quotidien en Corse ?
– Personne ne te colle, personne ne te glisse une main aux fesses, personne ne te siffle, personne ne t’insulte dans la rue.
– Au bar, tu es servie normalement, accueillie, parfois on t’offre le café. Tu peux débouler à plusieurs filles et faire la fête jusqu’à plus soif, personne ne te regarde mal (mais ne monte pas à poils sur la table, évidemment).
– Sur la plage, tu peux enfiler ton une pièce si tu es un peu enrobée, tu seras toujours belle. Tu peux faire du mono en string, afficher de beaux seins refaits, des seins ratés qui louchent, et c’est pareil pour les mecs, les petits, les gros, les poilus,. La Corse est une société du soleil où tout le monde essaie d’être beau comme dans les magazines mais où tout le monde s’accepte l’été à la plage.
– En politique, tu t’écharpes la semaine, tu poses à l’entrée de la maison familiale le dimanche, et tu partages le repas avec les contradicteurs qui seraient des tiens.
– Les enfants sont parfois (trop) rois, mais comme nos vieux souvent oubliés sur le continent, les enfants et les grands-parents sont protégés autant que possible.

Je peux continuer longtemps comme ça. La société corse est une société qui accepte l’autre, le refuse moins qu’ailleurs, à partir du moment ou tu n’arrives pas en terrain conquis, que tu es respectueux de l’autre et de ses traditions, de ses libertés, de ses défauts.

Et je n’écris pas cela en miroir du 9-3. Je vis à Ajaccio pas dans le 9-3. Je parle de ce que je sais. Je me tais quand je ne sais pas. Alors, qui que je sois, je conseille à Maurice Szafran de nettoyer son pantalon et sa bouche au savon noir. Je conseille aux médias parisiens la modération. Et le respect.

MVM

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