Dialogue 4 – réinjection


– Tu devrais la laisser tranquille, elle se repose.
– Non, ça suffit les fleurs et la philosophie de fin de règne. Elle va tous nous tuer si on la laisse faire.
– Attention quand même, si tu lui en balances trop, elle risque de verser dans le gore pour le prochain.
– Ce sera toujours mieux que s’ennuyer à regarder pousser les arbres.

MVM

Dialogue 3 – la réponse est dans le ciel

– Combien de fois me suis-je trompée ?
– Tu me fatigues.
– À propos des choses les plus anodines. Combien de fois et surtout à partir de quel âge ?
– Sûr que bébé c’est difficile de se planter.
– Les parents nous ont trompées.
– On a dit qu’on ne parlait pas de ça.
– Ce gars quand on avait cinq ans.
– Ça non plus.
– Donc, les choses anodines.
– Voilà, tu as compris.
– Parce qu’un chien ne mordra pas deux fois.
– À moins de se laisser mordre.
– Et pourquoi ferait-on cela ?
– Parce qu’on ne croit pas à la laideur du monde.
– Si, justement.
– C’est comme un diptyque. Un pan pour le laid, un pour le beau.
– On le ferme autour de l’axe du monde et ils s’embrassent.
– Il recrée l’univers.
– Je me croyais en vacances.
– Moi aussi.
(La réponse est dans le ciel.
Autant qu’il y aura d’oiseaux et de pendus.)

MVM

Dialogue 2 – en attendant le post-apo

– Quand je pense à tout ce qu’on laisse derrière soi.
– De quoi tu parles ? Il n’y aura rien ensuite, peut-être même avant. L’orgueil aussi s’envolera avec nous.
– Tu philosophes trop, ma poule. Il y a les enfants, les livres écrits, les baleines qui dansent et la beauté du monde.
– Au rythme où vont les choses, nous allons rendre cette terre stérile, comme dans les bouquins post-apo. À moins qu’une météorite décide de croiser notre corps céleste, ou que tous les volcans d’Islande pètent en chœur. En attendant, une valeur financière fluctuante sera donnée aux espèces en fonction de leur capacité à survivre, Monsanto va tuer les abeilles, les fleurs deviendront poussière et plus aucun enfant ne pourra souffler sur un pissenlit.
– Peut-être. Bon, rentre chez toi.
– Pourquoi ? T’as un nouveau truc bien gluant à écrire.
– Plus tard. Pour l’instant, je vais planter un arbre et des fleurs justement.
– Ah, OK, mémé, n’oublie pas le thé à cinq heures. Avec du bourbon.
– Tu connais le chemin.

MVM

Dialogue 1 – l’île éternelle et tempérée

– Quand c’est à la croisée des mondes que tu vis, à la croisée des espaces, des âges, tu deviens un témoin privilégié de la course. Puis tu lâches la corde d’amarrage et reprends la navigation vers d’inconnus rivages qui satisferont la curiosité. Un être humain qui vit avec un esquif dans ses courants sanguins ne peut s’immobiliser trop longtemps à la face de ses semblables sédentaires. Il y a des corps dont le besoin de voyage est insatiable. Ce qui, finalement, se révèle bien moins létal que le cri d’amour qui se perdrait en écho à la croisée des mondes.
– Mais l’éternel voyage n’est-il pas la quête de l’île éternelle et tempérée, l’île globale, la création parfaite, la matrice ?
– Les voyageurs n’ont pas le temps des causes et des conséquences, ils avancent.
– Et se découvrent dans la mort.
– L’unique découverte est dans la vie.

MVM

We never sleep – Stephen King


« Hodges a lu quelque part qu’IL Y A DES PUITS SI PROFONDS EN ISLANDE Continuer la lecture de We never sleep – Stephen King 

Le dead train repasse toujours

Numéro 2 étant sur les bons rails (touch wood) , et la suite bien amorcée (en espérant être un peu plus rapide à l’avenir – quoi que, je suis « dans l’écriture, pas le bâtiment » comme m’a glissé mon éditeur chéri) je fais une pause Internet et toutes (ou presque) connexions reliées à un fil électrique.
Ne bouge pas, je reviens dans un moment. Le dead train repasse toujours.

MVM


(Illustration Ken Taylor)

#4

I am the wolf
Without a pack
Banished so long ago
I’ve survived
On another’s kill
And on my shadow home

All I’ve learned is that poison will sting
No one remembers the names of martyrs or kings
No one remembers much of anything
That came this way before

I am the wolf
Combing the beach
Too hungry to shy away
The carcass of a leviathan
Sways gently on the waves

I hope this shelter is enough to keep me warm
Upstairs the heaven’s giving birth to winter’s storm
But I’ve been dying since the day I was born
That much I know is true

I am the wolf
High, wild and free
A picture on a shelf
I burn this house
Down to the ashes
A law unto myself

All I’ve learned is that poison will sting
No one remembers the names of martyrs or kings
No one remembers much of anything
That came this way before
That came this way before

I am the wolf
I am the wolf
I am the wolf

https://www.youtube.com/watch?v=VjeUpiTZel0

Marguerite Duras dans l’univers – croquis #3


On manque d'un dieu. Ce vide qu'on découvre un jour d'adolescence rien ne peut faire qu'il n'ait jamais eu lieu. L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de votre douleur. "
L'alcool, dans LA VIE MATÉRIELLE, P.O.L. éditeur, 1987

DOA : l’écrivain à l’oeuvre – fin


© Seamus Murphy

(lire la première partie)

Officiellement, tu peux lire le tome 2 avant le premier. DOA permet cela grâce à une courte synthèse de PUKHTU PRIMO en début de PUKHTU SECUNDO. Personnellement, je conseille de lire les deux, car, pour le dire vite, le premier installe les conflits, le deuxième les résout. Et, bien sûr, pas de conflit général sans le flux de mini-conflits internes et externes des personnages qui donnent la chair aux romans de DOA. Shere Khan venge semi-aveuglément (il lui manque un œil, donc) la mort de Badraï, tentant de ne pas perdre son pukhtu, et l’ensemble des personnages tombe dans la main géante de la vengeance du contrebandier pachtoune.

Dresser la liste de tous les thèmes qui soutiennent la narration est une gageure. Ils s’articulent dans le récit de la façon la plus fluide et la plus logique qui soit même lorsque certaines péripéties sont dues à des hasards négatifs ou positifs pour le sens de l’action. Le monde est petit et plus encore celui de la nuit parisienne ou celui des militaires/mercenaires en campagne à l’étranger. Du coup, la bonne ou mauvaise fortune des rencontres est permis et ça rapproche encore plus l’intrigue de la réalité d’autant que le dénouement, lui, n’est pas le fruit du hasard (hantise chandlerienne).
L’un des thèmes majeurs est le trafic de drogue international Continuer la lecture de DOA : l’écrivain à l’oeuvre – fin 

DOA, l’écrivain à l’œuvre – 1/2

J’ai mis du temps à entrer dans l’œuvre de DOA. La littérature de guerre, d’espionnage, d’actualités, n’est généralement pas ma tasse de thé (+ miel + scotch). J’ai connu l’armée de près et ce que j’aime lire en temps normal est aux antipodes de ce monde. Cela dit, faillir à la curiosité, qualité première de l’écrivain, c’est pécher contre-nature. Si tu n’as pas cette curiosité, qui mène aux voyages, à la connaissance de l’autre, tu deviens vite une gourde de peau sèche et rabougrie, incapable d’écrire. Même si je voyais mal comment concilier la froideur légendaire des services souterrains, l’armée, les milices, les journalistes et la littérature, je me suis lancée, piquée par le souvenir d’ARBRE DE FUMÉE de Denis Johnson, que j’avais beaucoup aimé.

Concernant l’acronyme DOA, la démarche identitaire m’intéresse. Il n’a pas immédiatement écrit sur la guerre et ses dépendances. Le besoin d’anonymat vient d’ailleurs. Comme nombre d’entre nous, il se protège, il le dit, et essaie de démarquer l’individu social de l’écrivain qui fait œuvre. Dans le fond, c’est peut-être illusoire, l’écrivain met toujours de lui-même ou d’elle-même dans ses romans. Il ou elle peut cependant essayer de cacher son identité derrière plusieurs autres, histoire de s’appartenir un peu plus dans ce monde où les individus s’oublient, se dissolvent entre avatars et sentiments virtuels. Le nom, comme pour les personnages de PUKHTU, c’est le dernier bastion identitaire, la seule chose qu’on ne peut pas t’ôter pour l’instant, ce que tu peux garder pour toi.


©Mantovani/Gallimard

Après tout ce que j’ai lu comme livres, j’ai patienté à la sortie de PUKHTU PRIMO parce que j’avais peur de passer à côté. Je suis souvent déçue (par moi-même d’abord). Quelques livres bien sympathiques au demeurant se digèrent trop vite car ils ne sont pas assez bien écrits ou ne creusent pas assez loin à mon goût, d’autres apprennent à voler jusqu’à déchirer leur rêve de hauteur sur un pan de mur. Avec le poids des romans de DOA, je pouvais difficilement me permettre de faire un trou dans mon placo. Blague facile mise à part, je me doutais bien que ce ne serait pas le cas, DOA ne commettant pas un livre tous les ans. Je me suis décidée quand une ex-libraire m’a confié d’une moue agacée : « Vous allez être publiée par la Série Noire ? Il y a DOA là-bas. Je l’ai rencontré et je le trouve assez prétentieux. » Je lui ai souri d’un air moqueur genre « Toi, tu as aimé ses romans puis tu t’es pris un râteau (quelconque). » Souvent, ça tient à ça : si tu ne lèches pas la paume de certains libraires, ils pensent pouvoir te la mettre dans la gueule. Heureusement, la plupart ne sont pas de ce petit calibre.

Mais revenons à PUKHTU. Quelques mois plus tard, j’offrais PUKHTU PRIMO à mon frère, parti quatre mois en Afghanistan Continuer la lecture de DOA, l’écrivain à l’œuvre – 1/2