Nick Cave dans le train de mes nuits

J’ai rêvé que je rencontrais Nick Cave dans un train de nuit. Le monde dormait et le train menait en douceur sa course du temps dans l’obscurité.

Bien entendu, Nick Cave est parfaitement mis dans un costume ajusté noir couleur du gouffre béant qui est ouvert sous ses pieds. Ou alors, le costume boutonné a pour mission de soutenir l’être Nick Cave. Ou encore, Nick Cave aime se savoir impeccable. Il doit penser qu’il y a un âge pour tout et que s’assumer comme un homme tiré à quatre épingles, lui, l’ancien punk en corps, lui permet d’éviter l’écueil de la bourgeoisie 2.0 dans laquelle s’engouffrent certains de ses collègues. Il reste punk en esprit, un adulte radical qui le paie bien assez cher pour jouer l’éternel adolescent. Bref. Le train balance sans trop d’à-coups et je croise Nick Cave dans une coursive. À ma gauche, les vitres, à ma droite, le wagon et ce très grand homme. Tous deux, nous retournions à notre cabine-couchette. Je l’arrête, très impressionnée, très polie :

– Bonsoir, pouvez-vous m’expliquer les portées métaphorique et symbolique du mot Scum dans le morceau éponyme, sachant que je suis française, que je ne comprends pas les lyrics tant que je ne les ai pas lues et que quand je vous entends crier « SCUM SCUM », pour moi, ça signifie que « ça vient, ça vient », sans dire le mot exact qui émerge en moi telle une écume un peu gluante, et que ça ne peut pas être QUE ça, n’est-ce pas ?

Et là, il m’explique avec force patience et gentillesse que je m’égare, que Scum signifie, en effet, plein de choses, qu’une signification dépend d’autant d’étoiles qu’il en existe, et que, d’abord, il y a un premier degré avant d’entrer dans l’univers des conceptions et que, enfin, pourquoi, moi, je pose cette question ?

Je le remercie et chacun reprend sa route.

 

MVM

 

 

(Photographie Nick Cave par Steve Griffin pour The Salt Lake Tribune)

 

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