Le monologue du parc Bourdin

GB-7

« Je déteste les parcs publics. Invariablement, entre deux travées du parc Bourdin, un inconnu tente sa chance avec moi. Une inconnue, ça aurait du chien, mais non, ça n’arrive jamais. Adieu au parfum des roses, adieu le pépiement des oiseaux,  et goodbye les vertus thérapeutiques de la marche. Retour direct à la vérité des relations humaines : le sexe et le manque du sexe. Je ne sais pas trop où placer l’amour. Je crois que les inconnus non plus.

Avec un peu de thunes, ces mecs iraient aux putes et laisseraient l’étudiante tranquille. L’étudiante, si jeune, si fraîche et si salope quand elle veut. Mais là, pas envie de se faire tringler contre un arbre, ni de s’agenouiller dans l’herbe. Ils haïssent les femmes et leur pouvoir de les soulager. C’est de la haine pure qu’ils ne retournent pas contre eux. Et un profond malheur. Quand ils se branlent sur les magazines, ils crachent sur eux et sur mon genre.

Ces jours de rencontre hasardeuse, je n’ai qu’une envie : extérioriser. J’aime l’idée de casser leur tête à coup de chaise en fer forgée blanche. Le détail compte. La chaise est rouge à la fin.  Je frapperais, frapperais et frapperais encore. Ils pourraient demander grâce, j’attendrais qu’ils se chient dessus pour m’arrêter, éprouvée mais bien soulagée par la vengeance.

Mais la loi suspend son glaive au-dessus de mon crâne. De nos jours, on revendique le respect de tous mais on ne fait qu’étouffer le chœur  des victimes de la tyrannie sociale. Je ne vais donc pas aller en tôle pour un connard fracassé.

Quand les étudiantes rentrent chez elles, les vicieux s’assoient sur les bancs, les jambes écartées, l’entrejambe plein de leurs promesses grosses comme des quenelles au jus.
Je déteste le parc Bourdin mais je suis obligée de le traverser pour rentrer de la fac. »

MVM, 2010
(Photographie Guy Bourdin)

 

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