L’analyse de nos fautes dans le cigare tordu de Lacan

J’ai beau écrire tous les jours, à certains moments, mon cerveau fatigué me trahit. Et il me feinte la plupart du temps en trois points précis, dans l’ordre décroissant de la fréquence de la trahison :
– le présent du conditionnel et le futur simple de la première personne ;
– le genre du participe passé accordé avec l’auxiliaire être au passé composé ;
– le passé simple ou l’imparfait de la première personne (dernière en date).

Bien sûr, je peux tout simplement être une quiche en français. Mais je rappelle que cela arrive en cas de cerveau délavé, quand tu as tellement travaillé (à mon niveau d’endurance, assez minime parfois, le non-retour peut se pointer assez vite) que tu interroges même la légitimité de l’ordre des mots dans ta phrase.
Alors la question du pourquoi/comment ton cerveau choisit de t’égarer quand même dans la profondeur du continent de la faute se pose à peu près sur le même ton que le « But why ? » de Werner Herzog à 1 mn  37 :

– Mon futur sera t-il toujours sous conditionnelle ?
– Mon demi-cerveau masculin essaie t-il de manger le féminin dès que ce dernier a le dos tourné (les hommes ont souvent peur du face-à-face) ?
– Voudrais-je mon passé plus simple et direct que la lenteur de l’imparfait ?

Je n’ai pas à répondre à ces questions qui sentent le cigare tordu de Jacques Lacan. En revanche, il n’y a pas de raison que moi seule me dépiaute the brain à chaque fois que j’en laisse passer une alors je partage. De rien. Nombre d’entre vous en ont déjà rigolé (ou pas) en se relisant.
Et dans le fond, le tréfonds de nous-même, lorsque le travail de la langue nous constitue, les fautes inconscientes font aussi émerger au grand jour ce qui nous traverse depuis les profondeurs. Comme les cauchemars récurrents. Ou Moby Dick.

MVM

(Photographie : Jacques Lacan le 1er novembre 1976 au sortir de la Sorbonne par Maurice Rougemont (c) Getty Images)

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