#Jenaipasportéplainte 2016 : le poing encore et toujours levé

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J’ai connu Marie-Hélène Branciard par Twitter. Sur son compte @mhb_numerik , et son scoopit , elle tient une veille extrêmement précise et intéressante des actualités concernant la littérature dans son ensemble, la littérature numérique ou celle présentes les sites des auteurs, la littérature LGBT, les combats autour de ces thèmes, mais aussi le street art, les concours d’écriture, les dead-lines des revues qui proposent de publier des nouvelles après passage devant un comité de lecture, bref, Marie-Hélène Branciard est une mine d’informations. Elle connaît parfaitement les réseaux sociaux et leurs usages, il lui est même arrivé de me signaler des actualités qui me concernaient sans que je le sache.
Marie-Hélène Branciard est aussi une auteure de romans policiers. Après LES LOUPS DU REMORDS paru aux éditions du Poutan en décembre 2015, elle publie son deuxième roman #Jenaipasportéplainte en septembre 2016 (toujours aux éditions du Poutan). #Jenaipasportéplainte à une page FB que je t’invite à visiter.

Marie-Hélène Branciard m’a demandé de préfacer son roman et j’ai accepté. Je te livre ici cette préface légèrement modifiée et augmentée pour parution en forme d’article sur L’œil et le gun.

Avec #Jenaipasportéplainte, Marie-Hélène Branciard ose la convergence des luttes, le croisement des destins à partir d’un fait-divers tristement classique dans la vie et la littérature policière, le viol.

Le viol, le viol, le viol, le viol, le viol, le viol, LE VIOL, LE VIOL, LE VIOL !
Nommer le crime heurte les yeux et les oreilles.
Normalement.

Le viol n’est-il pas d’une banalité terrifiante ? Ma question n’est pas ironique. Ce n’est pas vraiment une question. Et si aujourd’hui encore ce crime reste trop souvent enfoui dans la grotte secrète qui l’a vu se commettre c’est parce que certaines victimes ne se sentent pas la capacité d’affronter la procédure judiciaire et la marque invisible que les autres, la société, apposent sur le front molesté, la souillure invisible. Il n’y a souvent pas plus hypocrite que la réaction sociale face à la victime du viol. Le corps de la femme est un territoire pour les hommes perdus, la femme n’est pas l’égale de l’homme, la femme est un trou conçu pour recevoir les frustrations masculines.

Tu dois bien noter le double-fond de mon propos. Attention, je continue.

Une chose que l’homme n’a pas, c’est la beauté mélodieuse du corps de la femme. Et pour certains la frustration de ne pas se générer eux-mêmes. Alors, ils se vengent. Ils ont la force. C’est cela aussi que certaines victimes ne veulent pas accepter, n’avoir pu empêcher la salissure du temple, ni pu défendre le territoire le plus intime par la puissance physique, être soupçonnées de s’être laissé faire.

Je me suis posé la question, à travers l’histoire de la mode, si les vêtements de plus en plus corsetés au fil des siècles ne révélaient pas la tentative des femmes d’éviter au maximum l’accès au seul et unique temple, le vagin, par une telle addition de barrières que ceux qui ne voudraient pas faire la queue iraient voir ailleurs, chez les saintes prostituées, grandes purgeuses des pulsions masculines. Une fois qu’il n’a plus été de règle d’appartenir en propre à un père, un dieu ou un mari, à peine au siècle précédent en Occident du point de vue légal, le corps de la femme et, plus généralement, le corps des plus faibles est tout de même demeuré un territoire de conquête, de conflit, de chantage entre humains, de fait ou dans les mentalités.

Marie-Hélène Branciard approfondit la signification de l’acte fondateur de son roman en évoquant la liberté sexuelle des deux femmes violées. Les victimes sont surprises en train de faire l’amour par deux garçons de ferme qui décident en les forçant et en les tabassant de les punir. Elles ne porteront pas plainte, garderont la blessure jusqu’à ce que l’une d’elles décide que la résilience et tout le toutim, ne se révèle qu’un alibi servant la paix sociale hétérosexuelle et masculine, que la vengeance sera son  seul cataplasme valable dans une telle situation. J’aime ça. Assumer de se venger quand rien n’y a fait avant. On abandonne l’état de victime dans lequel la société confine les violé(e)s afin de préserver la surface lisse de son visage lâche et on s’arme pour se régénérer. Les livres sont tissés de ces vengeances fantasmées qui aident ceux qui les écrivent à vivre le mieux possible le carcan social. Si on ne pouvait pas écraser les méchants par les livres, à quoi bon lire du polar et pourquoi en écrire ?

Il n’y a pas que cela dans #Jenaipasportéplainte. Marie-Hélène Branciard dresse les portraits de personnages foisonnants, drôles et attachants, lesbiennes en résistance quotidienne pour le respect de leur humanité, hackers malines, tous en orbite autour de l’enquête menée par une commandante de police qui essaiera malgré les difficultés de remettre les coupables aux mains de la justice. Mon personnage préféré, Mafalda, me fait furieusement penser à Beth Ditto, chanteuse de Gossip, femme (vraiment très) en chair, divine et assumée, mariée avec sa compagne  et wonderful chanteuse.
Ce roman met en lumière aussi une sorte d’écartement social entre la liberté sexuelle de la ville et une certaine fermeture des campagnes quand il s’agit d’homosexualité. Il est bien connu que nombre de jeunes en ayant été capable ont rejoint Paris, New York ou Sydney pour faire court et continental afin d’exister plus que de survivre (ou se suicider) en se cachant aux regards de celles et ceux qu’ils ou elles croisent depuis l’enfance.

Après avoir connu Marie-Hélène Branciard sur Twitter, je vais la rencontrer le 20 novembre à Arnas dans le Beaujolais pour le salon du livre en Beaujolais organisé par Des Livres et Des Histoires et parrainé par Bernard Pivot. Venez, donc.

(Pour acheter #Jenaipasportéplainte, c’est ici.)

Bonne lecture et amusez-vous bien, on ne vit qu’une fois.

MVM

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