It’s only rock ‘n roll but I like it

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Alors restons dans le thème du deuxième roman (deuxième étant un sous-ensemble de roman, bien sûr). Je parlais de la nouvelle un peu plus tôt. Je ne sais plus quel écrivain disait que si tu as une nuit, tu as une nouvelle. Avec le roman, t’as intérêt à prendre un big appel d’air pour te préparer à une longue apnée. Si tu préfères les images sylvestres, prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt parce qu’il faut que tu ramènes la peau de l’ours (que tu ne vendras pas) après en avoir mangé le foie sous la voûte céleste. Bref. Mentalement et physiquement, écrire un livre c’est quelque chose.
Quand tu entres dans un deuxième livre, tu affines ta technique, celle dont on t’a parlé dans ton premier, celle que tu ne savais pas avoir. Ce n’est pas tant la technique au sens général du terme que ta très particulière façon de charpenter ton roman. Un roman en dit tellement sur toi. Qu’il soit très personnel ou affreusement impersonnel, viscéral ou efficace, hygiénique ou plein de merde. Jamais tu ne pourras cacher ta personnalité derrière un roman. Et pour quoi faire, d’ailleurs ? Se cacher derrière l’écriture de fiction est la plus grande illusion de la littérature et des auteurs, c’est tant mieux. C’est bien ça qui fait la part des choses entre l’art et l’artisanat.
Donc, tu réfléchis plus à ton art lors du deuxième roman mais pas vraiment à ta manière de faire, d’écrire, de vivre l’écriture de ton livre parce que de ces belles volontés totalement intégrées à toutes tes identités, l’irréductible dénominateur commun à chacune, c’est le désir désir désir désir désir désiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir.
Certes, les écrivains sont des artistes. Ils et elles luttent contre leurs désirs pulsionnels qui les draguent vers le fond des abysses parfois. Mais quand le désir d’écrire est le plus fort, ils sont comme le Kraken de Tennyson, ils reviennent expirer leurs obscurités à la surface et c’est bien comme ça qu’on les aime, que je les aime et que je suis, aussi. Je vis et j’exulte avec mes désirs d’antipodes (« antipodiques », c’est trop moche comme adjectif), je balaie tout quand mon désir d’écrire (ce que mon foisonnant cerveau implose) m’ouvre en deux.

Assez souvent, quand je me relis, je me dis « tout ça pour ça? c’est terrible ma vieille ». Mais oui, tout ça pour ça. Il faut écrire tout ce que j’ai dans ma dead zone pour survivre à la rapidité de l’existence, assumer la mort quand on a des enfants soi-même. Tout un programme.

Finalement, cela ne fait qu’un peu plus de deux ans que je travaille à ce numéro 2. C’est donc le temps du roman. C’est presque rassurant en un sens. Tu écris une première version qui évolue en cours de route quand tu passes du passé au présent, tu corriges le squelette bancal, tu remercies ton éditeur pour sa confiance qui ne se dément pas et ses conseils éclairés, tu remontes un squelette plus structuré, tu rabotes d’un côté, développes d’un autre, changes le point de vue pour plus d’acuité, tout cela au rythme de l’ours, avec des pauses, des fulgurances, deux hivernations, de longs étés, cycles qui fortifient l’ensemble d’un recul et d’une maturation qui étaient déjà présents lors de l’écriture de PETITE LOUVE sauf que tu ne t’en rendais pas compte.
Avec ce numéro 2, je me découvre un peu plus, notamment mes défauts, et s’il n’est pas question de discipline (beurk), il est question de savoir où je veux aller et comment je fais pour y aller en tentant d’oublier l’aléatoire de la vie quotidienne qui fera tout (tu entends ? TOUT) pour te freiner, briser tes mollets dans des pièges à dents, mais tu t’en fous, le désir est là, et tu ramperas sur les avant-bras s’il le faut pour continuer ta route.
Une chose que je retiendrai pour le prochain. Contrairement au passage immédiat PETITE LOUVE vers numéro 2, je n’entamerai pas numéro 3 de suite, ça m’évitera peut-être d’avoir à réparer le squelette en cours d’écriture.

MVM

(Brian Jones et Keith Richards te souhaitent un bon week-end.)

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