DIRTY WEEK-END, Helen Zahavi, massacre du genre masculin dans le noir (première partie)

Slavoj Žižek disait de Patricia Highsmith pour la London Review of Books :  » L’objectif, en lisant Highsmith, n’est pas de comprendre ses romans à la lumière de sa biographie, mais d’expliquer par des références à ses romans comment elle a été capable de survivre dans sa ‘vraie vie’. » Il me semble certain que DIRTY WEEK END a eu cette vocation thaumaturge et cathartique pour l’auteur.

À la difficulté de rédaction de cet article on peut se demander si DIRTY WEEK END ne soulève pas plus de questions sur la lutte des genres (homme/femme) et des classes qu’il n’y a de réponses. Peut-être aussi, comme le fait dire Cormac McCarthy au shérif Ed Tom Bell dans NO COUNTRY FOR OLD MEN, que la vérité est un roc et dire la vérité sur la nature humaine et son identité relève de l’illusion, surtout que la roche en question est poymorphique. Cette tentation de vérité est bien à la mesure du désespoir des hommes. Raison pour laquelle existe la littérature, raison pour laquelle elle survivra à la révolution virtuelle en cours qui mènera à l’humanité 2.0.
Sans oublier que le sujet du roman gratte bien sous les cicatrices.

Helen Zahavi a tenté quelque chose avec ce premier roman cruel et drôle dans l’écriture, rééquilibrer pour elle-même et les lecteurs les rapports ‘généraux’ homme/femme dans le roman noir : la femme victime est le lot commun, la femme fatale un fantasme aisément manipulable grâce au pouvoir et à l’argent. La femme radicale dans le respect d’elle-même et dans la réponse à l’agression est souvent le miroir de la honte du reste de la société. Elle dérange et promet à l’auteur moins de ventes que celles d’une marchande de bougies parfumées sur un marché d’été. Helen Zahavi n’hésite pas à classifier et décrire avec précision comment certains hommes mettent toute la domination ou la soumission qu’ils subissent au quotidien dans leurs rapports intimes.
Elle semble bien les connaître, les hommes, et, pour ça, il faut les aimer vraiment.

D’Helen Zahavi, on ne sait que peu de choses hormis son métier de traductrice. Pour le reste, les rares informations glanées sur le Net mutent au fil des mois*. Dans un entretien pour Kaliber.38, elle indique que ses parents polonais se sont installés en Angleterre au moment de la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi vu passé des origines israéliennes et une date de naissance (1966). Tout cela est assez mystérieux mais nous rappelle qu’un auteur, c’est d’abord ses livres.
La fame est poussière.

En 1991, elle publie DIRTY WEEK-END, l’histoire de Bella, vivant à Brighton dans un appartement en sous-sol. Bella a vécu une enfance sécurisante ce qui ne l’empêche pas de tomber dans la prostitution. Elle s’en sort parce qu’elle se fait virer par son mac, s’installe dans un sous-sol et lit des magazines gratuits, se promène, soigne les traumatismes passés par une vie simple et solitaire à Brighton, ville d’Angleterre provinciale, station balnéaire bon chic bon genre où les pauvres crèvent et les riches crient derrière les façades. La petite cuisine dans laquelle elle passe le plus clair de son temps donne sur une arrière-cour séparant son immeuble d’un autre immeuble noir. C’est l’été et Brighton étouffe sous la chaleur. Bella ouvre ses fenêtres pour laisser entrer l’air et respirer. Un voisin d’en face, de l’immeuble noir, va l’obliger à refermer ses fenêtres et croupir dans la moiteur estivale des villes de bord de mer. Quand le jeune voisin s’avère être un harceleur pervers narcissique de première, au téléphone ou sur un banc public, Bella s’enfile des vodka citron et comprend qu’il y a toujours un moment dans une vie où le vrai choix vous fait face sans possibilité de retour, même si vous étiez restée sagement terrée dans votre appartement en sous-sol, le choix qui fait de vous l’agneau ou le boucher quand vous ne pouvez plus être spectateur et vous fourrer des barbituriques dans les gosiers en assistant aux massacres.

En un week-end, Bella tuera sept hommes et jouira de l’expulsion de ses angoisses en utilisant différents types de mis à mort.

…/…

 

DIRTY WEEK-END, Helen Zahavi,

Presses Pocket, 1992

Phébus Libretto, 2000

(Cet article a d’abord paru dans la revue du L’Indic, Noir Magazine, n°22, septembre 2015. Il a été modifié pour la publication sur le blog.)

(Photo : Catherine Deneuve dans Les Prédateurs.)

 

 

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