CE QUI RESTE EN FORÊT, Colin Niel, Babel, sortie poche juin 2015

Alors, je ne vais pas faire dans la critique de livres, ce n’est pas mon métier, genre écrivain-éditeur-critique-blogueur (ça va, faites pas la tronche, je plaisante, et finalement ça a toujours été). J’ai bien envie de te parler de CE QUI RESTE EN FORÊT en quelques lignes parce que ce roman à intrigue(s) écrit par Colin Niel se déroule en Guyane Française et j’ai longtemps habité là-bas, à Saint-Laurent-du-Maroni puis Cayenne, huit années en deux séjours jusqu’à mes seize ans, année de départ du domicile parental et d’abandon (définitif) de mon enfance, ce qui m’escalope encore le cœur quand j’y pense. Bref.
CE QUI RESTE EN FORÊT est un très agréable roman à intrigue(s), bien construit et mené. Pour moi qui suis bordélique, la première réflexion est que je suis incapable d’écrire un tel roman. Ces nœuds et dénouements (coucou Annie Proulx) sont l’alibi de Colin Niel. Grâce à eux, il parvient à nous donner une image aussi complète que le sujet le permet de la société guyanaise, mélange en équilibre instable de communautés plus ou moins ouvertes sur l’extérieur. Il soulève également au cœur de son intrigue les problèmes sociaux graves tournant autour de l’orpaillage sauvage et de ses ravages sur l’écosystème amazonien. Le récit s’articule autour du meurtre d’un célèbre universitaire spécialiste des albatros aux sourcils noirs (Je te passe le nom scientifique ? Nan : thalassarche melanophris ) aux parages d’une station du CNRS implantée au cœur de la forêt amazonienne, dans le cadre de l’étude de l’écosystème local. Le livre est bien documenté, bien écrit, porte en lui un message sociologique qui m’intéresse (de gauche, dans mon bon sens du terme, c’est-à-dire humaniste), se lit avec plaisir d’autant qu’il se tient dans la variété des sujets abordés autour du personnage principal de l’ouvrage, le capitaine de Gendarmerie Anato, descendant d’esclaves en fuite modèle d’intégration à la République, lequel, de temps à autre, m’a rappelé le commissaire Adamsberg de la Vargas.
Mon personnage préféré, je l’ai trouvé dans le clochard complètement défoncé, abandonné des pouvoirs publics, fumant ses cailloux de crack dans le ventre méphitique d’un bâtiment en ruine de la cité Mirza à Cayenne, que le capitaine Anato nourrira dans le but d’obtenir des informations.
Et les personnages féminins dans tout ça ? Les femmes restent assez secondaires dans CE QUI RESTE EN FORÊT. Elles restent des personnages d’articulation du récit. Colin Niel les décrit de manière assez fine et sans concession, une petite dose de clichés physiques  s’expliquant sûrement par la manière de penser du capitaine aux yeux jaunes.
Quand j’ai vécu en Guyane, la vie était plutôt douce, les communautés s’entendaient assez bien. Il y avait une vraie et chaleureuse mixité sociale malgré quelques tensions qui revenaient par cycle. J’allais à l’école à pied quand je vivais à Saint-Laurent ; au lycée Félix Eboué de Cayenne, j’admirais beaucoup Christiane Taubira qui se dressait en contre-pouvoir des vieilles familles politiciennes par tradition. Ce qu’a confirmé la lecture de ce livre ? La Guyane a beaucoup changé. Les cailloux, pépite de cet or jaune unique comme les yeux d’Anato ou crack dévastateur, la détruisent doucement, la Centre Spatial Européen de Kourou reste ce fortin imprenable appartenant à tous (France et Europe) sauf aux Guyanais, la population a explosé, la précarisation des populations fragiles est en pente raide. Cela dit, il faudra que j’y retourne voir que le meilleur y est resté, meilleur indéfinissable comme aujourd’hui je ne saurais expliquer avec précision mon attachement à la Corse.
Tout au long du récit, j’ai retrouvé des saveurs culinaires de l’enfance, des images de fleuve, des visages, des rues, des musiques. Et c’est bien ça que j’ai aimé aussi à la lecture de ce livre. Je n’en dirai pas plus, ce n’est pas mon boulot, on ne me le demande pas, bref, on s’en tamponne. Mais dans la jungle des sorties polar en poche, il serait dommage que celui-ci reste en forêt #easy.

CE QUI RESTE EN FORÊT, Colin Niel, en grand format au Rouergue en septembre 2013, parution poche chez Babel en juin 2015.

[Du coup, je me suis remémorée un autre livre qu’avait conseillé Philippe Annocque sur son blog (je ne sais pas encore mettre les liens en accès direct, débrouillez-vous), UN LONG SILENCE DE CARNAVAL de Miguel Duplan, chez Quidam éditeur.]

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