Archives pour la catégorie Route(s)

Le dead train repasse toujours

Numéro 2 étant sur les bons rails (touch wood) , et la suite bien amorcée (en espérant être un peu plus rapide à l’avenir – quoi que, je suis « dans l’écriture, pas le bâtiment » comme m’a glissé mon éditeur chéri) je fais une pause Internet et toutes (ou presque) connexions reliées à un fil électrique.
Ne bouge pas, je reviens dans un moment. Le dead train repasse toujours.

MVM


(Illustration Ken Taylor)

Joyeux Noël, merry X-Mas, happy Hanukkah, vive le solstice d’hiver and so on


Ce n’est pas l’heure de tirer des conclusions, 2016 n’est pas encore au bout du rouleau. Avant de regarder en arrière, lutter contre un peu d’abattement quant à l’avenir de la vieille Europe, passons de bonnes fêtes. Il y a là ma vignette préférée de Mike Mignola. Les années passent et j’aime toujours autant Hellboy. Il est sur mon bureau et il m’accompagne.
Bonnes fêtes à tous, vive les histoires, vive l’écriture, vive la vie. Que les cornes d’Hellboy ne repoussent pas, qu’il garde son poing fort et avisé.
C’est l’heure de fumer un cigare et d’observer dans quelle direction s’élève la fumée.
MVM

Pas de fin aux voyages

J’aurais eu envie de raconter l’histoire de cette photographie. Le seul problème, c’est qu’elle résume assez l’histoire de ma demie-vie (j’espère), celle des luttes, toutes (dehors/dedans), des interrogations face au monde, des curiosités jusqu’au boutistes, des conneries, aussi, parfois.
J’ai eu 39 ans il y a peu et ça m’a pris un moment.

Alors disons qu’après un exercice de combat, j’ai posé mon FAMAS pourri en position de sécurité (ce n’est pas celui au premier plan), mon casque, mon sac et je prends un peu de repos. Un pote m’interpelle et photographie quand je mets la main à la poche pour choper mes cigarettes. Je vais fumer couchée sur les feuilles mortes en attendant le signal du départ vers le campement du soir. C’est l’automne en Bretagne et je cherche qui je suis dans cette forêt.
J’étais enfant encore, je ne savais pas qu’il n’y a pas de fin aux voyages, que le mouvement est perpétuel et l’identité illusoire.

MVM

Le 2ème roman, épisode x+1 : le pote au téléphone

DriiiIIIIIiing.
— Salut, Marie !
— Ouais, bonsoir mon chou, comment va la life ?
— Bien, bien, j’ai fini mon roman comme tu sais.
— Oui, félicitations, je t’envie. Tu as commencé la tournée des relecteurs, alors ?
— Naaaan, je sais que t’aimes pas ça, en plus. Te moque pas. Je l’ai juste fait lire à (biiiiiiiiiip).
— Ah oui, c’est bien, mais ne les multiplie pas. (message subliminal : je n’ai pas le temps)
— Bon, et toi, tu as terminé le tien ? (message subliminal : tu peux relire le mien ?)
— Toujours pas. (MS : pu$*£% de biiip de m**** , arrêtez de me poser la question, quand j’aurai terminé, ce sera l’apocalypse)
— Non mais kestufé ?!
(et, là, attention la métaphore filée)
— 
Suis pas une pisse-copie, mon chou, je produis un concentré d’ammoniaque, comme une vieille requine polaire. (MS : justification en mode provoc’ à deux balles)
— Pouah.
— Bon. (MS à moi-même : allez, l’est sympa, lui, déjà que je suis en froid avec la moitié de la ville) Et j’écris à côté aussi.
— Oui, j’ai vu ton reportage sur l’Islande. Au top.
— Combien de signes ?
— (nombre raisonnable à 6 chiffres)
— OK, envoie par mail, et invite-moi à déj’ à L’Altru Versu dans 15 jours. (MS : t’as gagné mais laisse-moi croire que tu crois que j’ai gagné)

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Lendemain de (dé)faite

« Jamais il ne devait passer :
– Il ne passera jamais. Hillary gagnera maintenant qu’ils ont dézingué Bernie.
Elle en était tellement sûre qu’elle ne s’en est pas préoccupée, même pas une seconde. Elle se contentait d’en sourire, blasée, se souvenant de photographies sur lesquelles Bill jouait au golf avec lui et Rudy de New York, ou d’Hillary faisant le V de la victoire devant un hélico avec des soldats irakiens peut-être, afghans ? Moyen-orientaux, en tout cas.  Elle déteste les hommes et femmes politiques, en règle générale et très souvent particulière. Finalement, les Amerloques avaient le choix entre la peste et le choléra, ils choisiront la peste, au moins c’est une femme, se disait-elle. Quelque part, quelque part, il y aura une avancée.

Hier matin, sa fille lui demande, ahurie devant les résultats d’une élection qui ne devait pas les concerner directement, du moins pas dans leur sphère intime, à elle et son enfant :
– Pourquoi c’est encore un homme qui gagne ? Je voulais Hillary !
– Parce que les Américaines ont voté pour lui, ma chérie. N’oublie jamais ça. Viens, on éteint Big Fat Motherfucker télé et on va se promener pour réfléchir à la suite. « 

MVM

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(Photographie Evelyn Bencicova Fête)

Migrer au Nord – Retour en Islande

Il y a un an, j’étais donc en Islande où j’ai pu rencontrer un écrivain dans un café, des Islandais(es) dans des piscines, aussi une étudiante corse dans une crêperie de Reykjavik.
Là-bas, le calme s’est coulé dans mes veines comme la lave refroidie avance sur les derniers mètres avant de rigidifier.
Tout-à-l’heure, en remplissant ma valise, je me disais en souriant :
« Tu ne retournes pas en Islande pour le punk ou le street art, ni pour le hakarl, les hot dogs ou la tête de mouton rôtie, pas non plus pour les hot pots qui puent l’oeuf ou les paysages radicaux (si, si), tu ne fais pas ce voyage pour oublier la Corse un moment, ni pour préparer l’article sur l’Islande commandé par Settimana (*yiha*, l’hebdomadaire culturel de Corse-Matin), ce n’est pas non plus pour (re)vomir tripes et boyaux sur un bateau censé te montrer des baleines (je les aime, tu n’imagines même pas, et j’assume), tu y retournes pour pouvoir remettre la robe noire en laine de mouton islandais.  »
Bien sûr, c’est de la macagne. Mais, si on y pense bien, tout est lié, au premier degré ou par le ciment de la métaphore.
Je posterai des photos sur Instagram. Peut-être.

À plus tard.

MVM

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(c) Shane Gross

Le deuxième roman et l’obsession

THE DEAD ZONE, Christopher Walken, 1983. ©Paramount Pictures

Je pense que le deuxième roman ne doit pas s’écrire dans une obsession extérieure.
Liste [d’obsessions extérieures] :
-plaire
-réussir
-être aimé
-mendier
-aimer
-haïr (très bon moteur avec la possession pourtant)
-mourir
-se libérer
-se venger
-dominer
-posséder
-se guérir
-s’enfuir
-écrire

Le deuxième roman s’écrit dans l’obsession de lui-même, de l’histoire à raconter. La manière de raconter l’histoire fait partie de ton style. Peut-être est-ce ce qui fait définitivement entrer l’auteur d’un premier roman dans la perspective de l’œuvre d’une vie. Sortir de l’obsession extérieure ne signifie pas demeurer dans l’autofiction mais se libérer du corps social, de l’art en ce qu’il a de politique.

J’allais insister en écrivant que l’obsession n’est pas la muse mais c’est sûrement une erreur. Trop rejeter un état entraîne la chute dans l’extrême trompeur. L’obsession serait une sorte de muse, un duende, une extase, bref, un état psychique fertile à l’acte créateur, mais non sa destination? Voilà, l’état d’obsession est créateur chez les artistes, non la nature de l’obsession. Cette nature n’est qu’un vecteur.

Comprendre cela est certainement gage de survie parce que dans la réalité ou dans la dead zone la destination est changeante et le mouvement perpétuel. Avanti.

MVM

Photographie THE DEAD ZONE, Christopher Walken, 1983. ©Paramount Pictures

 

Le deuxième livre

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Après une semaine de travail intense sur la structure de mon deuxième roman, je ressemble vachement à ce petit dessin que tu vois en illustration plus bas. Crayonné en fin de séance de l’après-midi, il m’a permis d’évacuer les tensions de surface avant d’aller marcher (dans la neige) pour évacuer celles plus profondes et redonner l’oxygène nécessaire au bon fonctionnement de mon cerveau desséché par cinq heures de correction sous caféine.
Il faut dire que le deuxième livre, c’est quelque chose. Le piège du deuxième roman, tout le monde connaît (« redite du premier », « j’attends le troisième », quand le pauvre écrivain décrépit préfèrerait entendre « confirmation du style et de la naissance d’une nouvelle voix » , burp, burp…).
Le deuxième livre, pour moi, c’est celui des errements, des erreurs. Je ne sais pas comment j’ai trouvé le chemin vers le premier et, inconscient de la forêt noire qu’est l’écriture, j’ai oublié de semer les cailloux blancs. C’est très simple : par instinct de survie, mon cerveau a oublié qu’il avait travaillé comme un ours pour le premier, pour transformer un texte en roman, en roman personnel et publiable par un éditeur sérieux.
Je me dis que le premier m’a semblé plus simple parce que j’ai oublié la somme de travail qu’il a demandé (même si certains l’ont trouvé un peu trop court – gage qu’ils étaient accrochés). Je me dis que je ne travaille pas assez sur le deuxième parce que j’oublie la somme de travail qu’il demande et les deux bassines de fiches préparatoire passées à la poubelle. Cela dit, quand tu prépares trop, c’est que tu ne sais pas assez où tu vas.
Il y a un fait de certain : j’ai entamé l’écriture du deuxième livre à la publication en janvier 2014 de PETITE LOUVE, là fut ma première erreur. J’aurais dû attendre. Je pourrais aussi dire que j’aurais dû démonter mon arme et la nettoyer à fond avant de l’utiliser à nouveau. L’arme s’est enrayée. C’est en septembre 2015 que j’ai accepté ce fait et que j’ai tout démonté. Le livre était presque terminé mais la structure penchait.
Et, si tu n’es pas assez sage, tu veux faire du deuxième ton outrelivre. C’est bien, il faut vouloir faire toujours mieux (pas mieux que les autres – c’est un combat idiot et stérile, faire mieux pour soi). Mais le placer en outrelivre signifie que tu te laisses polluer par tous les grands livres que tu as lus, ceux que tu aurais voulu écrire. Et là, tu te perds dans la forêt noire sans toucher la queue d’une cerise. Tu te perds, tu t’y perds et tu dérégules ton écriture intime, ces règles personnelles que tu t’étais martelées dans le crâne lors de l’écriture du premier « long ». Si tu dérégules ton écriture, l’écriture étant l’ADN de ton art si je peux oser cette métaphore scientifique, c’est tout le squelette qui te rit au nez en cliquetant des os.
Tout le travail au long cours du deuxième livre réside dans la farouche stature de rester soi-même et de s’affirmer encore plus.
Je reviendrai ici sur ces « errements » et ces « erreurs » durant le mois de mars, mois guerrier, mois du blossoming.

MVM

 

77-78-79 : courte brève sur ma mi-génération

Je suis née en décembre 1977 dans une maternité paloise drôlement nommée la clinique des Cigognes. Ni des années 80, ni des vraies années 70, je suis de la génération coupée en deux qui ne sait pas toujours où elle habite. Tous les déménagements vécus durant l’enfance ne m’ont pas aidée à la recherche naturelle de stabilité.
Je suis de passage. Faire mes valises en deux heures quand c’est possible ne me pose aucun problème, je mettrai trois semaines à les défaire. Je sens aussi comme il est inutile de s’attarder parfois.
Ce qui m’appartient, ce qui est à moi, ce ne sont pas mes valises, ni mon nom, c’est l’écriture. Tout pourrait disparaître, mon écriture ne mourra qu’avec moi (très vite, à l’échelle de ce monde). Ce qui m’appartient, c’est donc aussi mon corps.
Il y a mes enfants, mais ils ne sont pas ma propriété, la mainmise sur les enfants flirte avec l’inceste moral. Leur apprendre l’épanouissement n’a rien à voir avec l’autoritarisme ou le chantage affectif.
Les enfants du XXIème siècle n’auront d’autres choix que le virtuel. J’entendais une jeune fille dire à ses parents la privant de FB qu’ils ne vivaient pas dans la réalité (texto). Il n’y a pas à se lamenter, c’est la course de l’évolution, course rapide vers l’humanité 2.0. J’adore Yves Coppens depuis 1997 (deuxième année de DEUG d’Histoire) et il te l’explique très bien dans ses livres.
L’évolution est la barrage à l’orgueil des femmes et des hommes.
M’est quand même d’avis que de la virtualité ne sortira que le néant quand vivre se résumera dans une onde volatile. En écrivant cela, je suis déjà une vieille chouette, d’autant que j’aime bien partager sur Twitter et Instagram. Cela me semble assez souvent futile, jamais vraiment sérieux (excepté pour tout ce qui tourne autour de l’art numérique, des arts décalés). L’inverse de ce que pensent les très jeunes d’aujourd’hui qui inventent leur vie à l’abri des regards parentaux (à fond sur Snapchat). Quand mes enfants entreront dans l’adolescence, il faudra que je prenne l’option gestion des réseaux auprès du grand dépanneur des crises existentielles.
Être née en 77 implique que tu as grandi avant l’ère du numérique, que tu évolues depuis vingt ans avec elle. On en est à la moitié du chemin, quasiment. Vingt ans sans, vingt ans avec. C’est un formidable outil d’accession à la culture et c’est l’explosion de l’intime. (Esprit d’escalier : pour les auteurs, c’est souvent la question de savoir  » Suis-je un auteur des réseaux ?  » )
Dans quelques années, est-ce que les jeunes filles manifesteront sur les réseaux en criant « mon âme m’appartient » ?

Bref.
En décembre 2017, j’aurai 40 ans et j’aurai perdu l’enfance et un siècle, pas l’écriture.

MVM

(photo Debbie Harry)