Archives de catégorie : Le Gun : réflexions

Labo personnel.

Nina

Lasse, la tête contre la baie vitrée, le contact froid réveille son cerveau.
Nina médite sur le jour passé.
« Rien de bon.»
Nina remplit son verre et s’assoit au piano. Les notes basses vibrent dans son corps, le téléphone does not ring, ce soir. La musique dégage une chaleur factice parce que Nina joue en zombie.
Il lui a tout pris, même la rage, putain. La fierté, elle, s’est barrée avec sa jeunesse mais ça c’est secret entre elle et elle. Dieu aurait dû foutre la cicatrice de l’humiliation dans le dos. Au lieu de quoi, c’est marqué sur notre face et on la voit tous les matins, encore plus si on sourit, alors on fait la gueule et on ne regarde pas, on crée et on oublie son être.
Nina avale presque tout son whisky. Elle noie ses idées glauques dans l’épaisseur de l’alcool.
« Rien de bon ! »
Elle se serre du champagne dans le verre à long drink. Il restait un peu de whisky dedans. Elle rajoute des glaçons à moitié fondus à la main et s’essuie sur sa robe.
« De toute façon, la mélancolie, c’est comme la merde, ça flotte. Qui disait ça, encore ? Je vais m’enfiler tout ce skychamp, à la mienne, et la neige purifiera mon cerveau. I want a little sugar in my bowl. Oh so bad. »
Les yeux exorbités, elle geint plus qu’elle chante, balance ses talons à travers la pièce et grogne en sniffant deux lignes de coke.
Brouillée comme le ciel derrière la baie vitrée, elle fredonne :
« Il n’y a pas à dire, tu es seule mais la vue est belle, Nina. Nina, baby, he’s gone. Ramasse-toi, baby, c’est le chemin qui est comme ça. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa. Ils ont peur. Elle est plus jeune et elle ne marchera pas sur sa baguette. It is what it is. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa.»

MVM

Nina Simone, 1969.
Nina Simone, 1969, Getty images.

 

 

Nuées

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Dans les nuées explosent des chapelles de poussière, fondations grises en terre, flèches dans l’astral.

Les hautes tours sonnent l’hallali.
Têtes et regards se fixent au sommet des torchères.
Le matin s’effondre dans le concret enfer.
L’homme happe l’air puant et mâche de la cendre.

Les brises minérales se répandent sur l’humanité et les enfants s'évanouissent les premiers.

MVM

Photographie Sebastiao Salgado

Stefán Máni, le cœur noir de l’Islande (2)

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Me revoilà, donc, assise face à un grand verre de bière islandaise (parce que faut pas déconner quand même) dans le Stofan kaffihùs, en face du Stefán Máni dont je vois discrètement les tatouages maintenant qu’il a ôté son blouson (le tatouage, une spécialité Série Noire). Je ne peux pas dire que la glace soit brisée (cf billet 1) mais maintenant qu’on est là tous les deux, on va discuter un peu écriture et livres.

Quand il me salue une heure plus tôt, je ne réalise pas immédiatement que le monsieur est un peu une star en Islande et à Reykjavik ( on a fait trois pas en ville entre Eymundsson et le bar, plusieurs personnes l’ont salué). La sortie d’un de ses livres est un événement et il est traduit en plusieurs langues, tu peux le trouver en France (donc) mais aussi au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Turquie, en Pologne, en Lituanie et en Australie. Il est best-seller en Islande. Cette île, il faut le rappeler, est éminemment littéraire. Les eddas poétiques et les sagas vikings ont fondé la tradition littéraire de l’identité islandaise. Durant les longues nuits d’hiver, les clans, les lignées se rassemblaient autour du feu et s’évadaient de l’obscurité et des difficultés à survivre en rêvant aux récits de guerre, de trahison, de fondation, aux contes magiques et métaphoriques. Werner Herzog qui a eu la chance de voir les manuscrits du XIIIème siècle à Reykjavik parle de ses histoires comme de l’une des plus belles littératures, une littérature fondatrice de l’histoire d’un peuple et de son identité. Je ne m’y connais pas vraiment au sujet des eddas et des sagas alors je te renvoie directement vers Régis Boyer, spécialiste reconnu de la littérature nordique et des valkyries aux Belles Lettres (et ailleurs – mais dans ma bibliothèque, j’ai quelques livres de la vénérable vieille chouette).

Le souci quand tu es best-seller en Islande, c’est que le lectorat n’est pas très large. Si les macareux et les gentils petits chevaux punks savaient lire, je serais Lara Stone. Il y a un peu plus de 300 000 habitants, comme en Corse, sauf que la Corse est environ 12 fois plus petite que l’Islande. Du coup, être traduit à l’étranger est l’assurance de vivre (mieux) de son travail. Et c’est le cas de Stefán Máni qui, s’il ne roule pas sur l’or comme d’autres auteurs nordiques, a déjà publié 14 livres en Islande (si j’ai bien compté, l’islandais étant une langue ardue d’accès).

La transition concernant son writing schedule est toute faite. Il écrit tous les jours. Point. Et il essaie de publier tous les ans. C’est son métier et sa passion, les deux. Dire de l’écriture que c’est un métier sent un peu trop le laborieux pour moi. Utiliser les termes de métier et de passion rappelle comme l’écriture peut être un enjeu de survie viscéral, comme la littérature, les histoires et l’imaginaire le sont pour les Islandais depuis que le premier viking a posé le pied sur cette île et s’est rendu compte que, l’hiver, il fallait se nourrir le cerveau afin de ne pas nourrir soit même la nuit éternelle avant de renaître au printemps (et à la fonte des glaces…). Cet enjeu de survie et de renaissance dans l’écriture se sent très bien dans le roman NOIR KARMA dont je te reparlerai dans le billet suivant, roman auquel l’auteur tient particulièrement, le titre islandais étant son nom d’utilisateur sur Twitter (@Svartur_a_leik).

Quand tu rejoins l’Islande de Paris (Icelandair, je t’aime), tu survoles le Royaume-Uni, les îles Shetland, puis c’est le noir océan (oui, bon, easy) pour de vrai. Quand j’ai fait le voyage, la mer était lourde et ressemblait à l’océan qu’atteignent le petit et son père dans LA ROUTE, à travers le hublot la forme écrasée des vagues mortes vivantes dessinait son parallélisme sur des centaines de kilomètres. De là aux réseaux sociaux il n’y a qu’un pas que je franchis maintenant : l’isolement insulaire n’est pas feint, les réseaux sociaux et l’internet ont ouvert les Islandais (et leurs écrivains) au monde. Ils sont extrêmement actifs sur la toile, et bilingues, sauf quand ils ne veulent vraiment pas se retrouver avec des touristes aux alentours. Vivant en Corse et gueulant comme une ânesse à l’arrivée des camping-cars au printemps, je peux comprendre. Bref. Je m’égare. Stefán Máni utilise Facebook (> 2000 likes sur sa page Stefan Mani Author), Twitter (>2000 followers) et Instagram (@stefan_mani_noir), trois réseaux sociaux sur lesquels il est très suivi, son lectorat se partageant sur ces comptes en fonction de leur utilisation par l’auteur. Instagram reste dévoué aux photographies de paysage et surtout de la déesse mer, le seul et vrai dieu des Islandais, sa page Facebook est assez internationale, le compte Twitter fait le lien entre l’auteur, son grand nombre de lecteurs islandais et ses autres lecteurs, comme moi, qui twittent mais ne veulent pas (ou plus, dans mon cas) de Facebook. Les gens qui n’utilisent pas ou peu les réseaux sociaux, ou aux seules fins familiales, voire de commérage, ne comprennent pas toujours ce que font les écrivains sur ces réseaux. C’est pourtant simple : ils rompent l’isolement physique ou mental qu’ils recherchent et/ou subissent parfois, ils essaient d’atteindre un autre lectorat, un lectorat en plus, collectent des informations, se cultivent, se font peur avec les horreurs qui traînent, s’amusent, déconnent. Ils vivent avec leur temps, quoi. Le mythe de l’écrivain dans sa grotte (ou du philosophe dans sa caverne), c’est stérile au bout d’un moment. Stefán Máni, écrivain islandais, utilise d’autant plus ces réseaux qu’il est lui-même une mise en abîme de solitudes, un écrivain dans une île à deux pas du pôle Nord.

À ce moment de la conversation, que je te retranscris de mémoire, à partir de ce que j’ai compris, après quelques recherches, lui a terminé son thé et moi j’arrive à peine au tiers de ma bière que je voulais suffisante et que j’ai eu pintatesque (les vikings, ça boit, ça pisse et ça reboit, quand ça boit). Avant de le quitter, j’ai envie d’aborder le sujet des inspirations littéraires mais je tâtonne un peu. Ça paraît simple, c’est toujours délicat, en fait, ou compliqué quand les deux auteurs sont étrangers. Bien sûr, il ne m’a pas parlé de la littérature islandaise. D’une, je n’y connaissais pas grand-chose (j’ai quand même lu Boyer depuis, le ponte dont je te parlais plus haut), de deux, c’est sûrement tellement évident pour lui qu’il ne le sait pas ou ne l’évoque pas. Quoi qu’il en soit, je suis absolument certaine que toute cette tradition se retrouve dans les romans islandais contemporains, dans un mélange plus ou moins heureux. On verra que le thème de la malédiction est commun à la tradition littéraire islandaise et aux romans noirs modernes de Máni. Ce qu’il m’indique quand même c’est qu’il lit beaucoup, et je suis d’accord avec lui, si tu ne lis pas, tu ne peux pas écrire et de toute façon tu ne le voudrais pas. La volonté d’écrire n’a pas la même origine que le besoin de lire mais chemine à son côté. Si je me souviens bien, il m’a cité Chandler et McCarthy, il aimerait Big Stevie King, mais dans le fond, cela ne comptait plus. Ce qui m’importait, c’était le partage d’un instant assis à une table avec ce gars qui m’était doublement étranger, inconnu et islandais, autour de règles simples et universelles :

  • écrire est un travail quotidien de longue haleine,
  • il faut être fidèle à soi-même sinon à quoi bon,
  • vivre longtemps c’est bien quand tu veux écrire des livres comme tu construirais ta maison (c’est mieux d’avoir le temps de mettre le toit),
  • l’intrigue n’est pas un mot vulgaire, tout dépend comment tu la prends, tu dois la maîtriser et non la mépriser.

 

Qu’en est-il de ses livres traduits en français ? Je te le dis vendredi 14 octobre .

 

MVM

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(( rapide traduction anglaise :

Stefán Máni, Iceland’s noir side (2)

I’m back, though, sitting in front of a large Icelandic beer glass (because let’s be serious, uh?) in Stofan kaffihùs, in front of the rather big guy Stefán. I can see part of his tattoos now that he has taken off his jacket (tattoos seem to be a Série Noire thing). I can’t really say the ice is broken (see note 1), but now that we’re both here, we will talk about writing and books.

When Stefán Máni greets me an hour earlier, I did not immediately realize that the man is a bit of a star in Iceland and Reykjavik. The release of one of his books is an event and his work is translated into several languages. You can find it in France (though), but also in Denmark, Sweden, Germany, Turkey, Poland, Lithuania and Australia . He is a bestselling author in Iceland. This island, you must know it, is eminently literary. Poetic Edda and Viking sagas founded the literary tradition of Icelandic identity. During the long winter nights, clans, lineages gathered around the fire and were escaping darkness and daily surviving in dreaming stories of war, betrayal, foundation, magic and metaphorical tales. Werner Herzog who had the chance to see the manuscripts of the thirteenth century in Reykjavik speaks of those stories like the finest literature. I do not really know a lot about the Eddas and sagas so I send you directly to Regis Boyer, well-known French specialist in Nordic literature and Valkyries (Belles Lettres publisher and elsewhere – but in my library, I have books from the Belles Lettres venerable old owl).

The concern when you’re bestseller in Iceland is that the readership is not so huge that you can sell enough to earn a living. There is a little over 300 000, as in Corsica, except that Corsica is about 12 times smaller than Iceland. So, be translated abroad is a guarantee to earn better a living from his work. And so does Stefán Máni, even if not rolling in money like some other Nordic authors. He has published 14 books in Iceland (if I read correctly, Icelandic is a difficult language ).

The transition on his writing schedule is all done. He writes every day. Point. And he tries to publish annually. It is his job and his passion, both. Say that writing is a job smells a bit too laborious for me. Use the words of job and passion reminds as writing can be a visceral survival, such as literature, stories and imagination are for Icelanders since the first Viking set foot on this island, and realized that in winter he would have to feed the brain not to feed himself the forever night before rebirth in springtime (and ice meltdown). This issue of survival and rebirth in writing feels very sensitive in the novel NOIR KARMA which I will talk about in the following note, novel which the author particularly cherish, the Icelandic title being his username on Twitter (@ Svartur_a_leik).

When you reach Iceland from Paris, you fly over the United Kingdom, the Shetland Islands and then the ocean is noir (yes, easy) for real. When I did the trip, the sea was heavy and looked like the ocean which reach the father and the boy in THE ROAD, crushed form of the living dead waves drowing its parallelism on hundreds of kilometers. From there to social networks there is just one step I’m doing now: the insular isolation is not feigned, social networks and the Internet have allowed the Icelanders (and icelandic writers) to win the the world. They are extremely active on the web, and bilingual, except when they really do not want to end up with tourists around. Living in Corsica and screaming like a donkey with the arrival of mobil home on narrow roads, I can understand. Well. I digress. Stefán Máni uses Facebook (> 2000 likes on his page Author Stefan Mani), Twitter (> 2,000 followers) and Instagram (@stefan_mani_noir). Instagram remains dedicated to landscape photography and especially the sea goddess, the only true god of Icelanders, Facebook is quite international, the Twitter account keeps the link between the author, his Icelandic readers and others, such as me, tweeting but without a Facebook account. People who have little or no use of social networks, or only on family purposes (or for gossiping), do not always understand what the writers are doing on networks. It’s simple : they break the physical or mental isolation they are looking for and/or sometimes suffering from, they try to reach a different readership, a readership in addition of the classical one, they collect information, they stay tuned with the low level horror on internet sometimes, have fun, etc. They live with their time. The cliché writer in his hole (or philosopher in his cave), that’s sterile for good writing and disconnect from reality. Stefán Máni, Icelandic writer, used especially these networks that he is itself a « mise en abîme » of loneliness, a writer on an island close to the North Pole.

At this point of the conversation, that I transcribe from memory, from what I understood, after some research, he’s done with his tea and I barely reach one-third of my beer I wanted sufficient and that I had « pintatesque » (Vikings, they drink, they piss and they drink anew – I’m not a viking). I want to address the subject of literary inspirations but I hesitate a bit. It sounds simple, it is always sensitive, in fact, complicated most of all when the two authors are foreigners. Of course, he did not told me about Icelandic literature. First, I do not know much (I did read Boyer, so as I was telling you earlier), second, surely too obvious to him. Anyway, I am absolutely certain that all this tradition is reflected in contemporary Icelandic novels, in a mix more or less happy. We will see that the theme of the curse is common to the Icelandic literary tradition and modern thrillers of Máni. What he tells me though is that he reads a lot, and I agree with him, if you do not read, you can’t write and anyway you do not want. The will to write is not from the same origin as the need to read but walks beside him. If I remember correctly, he quoted Chandler and McCarthy, he would like Big Stevie King, but in the end, it doesn’t matter. What mattered to me was sharing a moment sitting at a table with that guy who was doubly foreign to me, unknown and Icelandic, around simple and universal rules:

– Writing is a daily long-term work,

– You should be true to yourself otherwise it’s too much pain,

– Long life is good when you want to write books like you would build your house (it’s better to have time to put on the roof)

– The plot is not a vulgar word, everything depends on how you take it, you have to control it and not despise it.

What about his books translated into French? I’ll tell you pretty soon.

MVM))

 

Stefán Máni, le cœur noir de l’Islande (1)

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Stefán Máni en 2013 ©Kristinn Ingvarsson


Ça fait un moment que je veux écrire sur Stefán Máni et ses livres NOIR OCÉAN (2010), NOIR KARMA (2012) et PRÉSAGES (2013) publiés à la Série Noire et traduits en français par Éric Boury, le monsieur Islande de nous autres, lecteurs français. J’ébauche des plans autour de ce projet d’article en creusant un sillon de perdition sous mes pas et dans mon cerveau, je n’y arrive pas malgré l’envie. Un petit matin de septembre, je relis les papiers écrits à son propos et je pars marcher à l’arrière de la pointe de la Parata, sur un chemin qui tourne le dos aux rumeurs de la ville ajaccienne. C’est là que je comprends ce qui manque. J’aurais voulu écrire un article bien formaté « papier » type magazine littéraire ou supplément hebdomadaire et culturel au journal local mais ce n’est pas moi, finalement (même si j’ai proposé sans avoir de réponse – coquin de sort), et c’était ce sillon que je creusais depuis plusieurs mois. À trop turbiner ou vouloir bien faire, on prend le risque de perdre sa propre plume. Or, comment donc parler des livres de cet auteur islandais au nom si simple (ses deux premiers prénoms) que les Thorarinsson et autres Indriðason le font oublier sur les étagères des librairies françaises ?

À ma façon,
je n’en connais pas d’autres,
et en plusieurs fois.

Mesdames et messieurs, Stefán Máni a lui aussi un nom islandais en –son (que tu trouveras sur Wikipédia ou dans les remerciements de PRÉSAGES), il est le fils de son père mais quand un écrivain islandais choisit de simplifier son rapport au nom de la lignée, ça soulève deux hypothèses : il veut être un individu à l’identité sienne, et garder les usages islandais quotidiens. En Islande, ce que nous appelons nom est le rappel du nom du père, très rarement le nom de la mère. L’annuaire est classé dans l’ordre alphabétique des prénoms. Si deux Stefán sont présents à ta soirée, l’un sera appelé Stefán Máni et l’autre Stefán Jón, par exemple. Pour Stefán Máni, il y a donc sûrement eu choix à ses débuts et même si la démarche était  simplificatrice, elle dit quelque chose du jeune homme qui a quitté la petite ville de pêcheurs d’Ólafsvík pour faire la fête et trouver du boulot à Reykjavik, comme de nombreux Islandais mourant d’ennui entre les macareux et les jolis petits chevaux punks dans les campagnes prisées des touristes, aujourd’hui.


Comme l’Islande cache mal sous sa croûte noire le contact entre les plaques américaine et européenne, le cœur battant de l’hémisphère Nord, Stefán Máni enferme noirceur et fureur à la limite de la folie et de la malédiction dans des livres qui ressemblent à s’y méprendre à des coulées de lave, parfois surprenantes, toujours désespérées.
Avant d’évoquer les trois romans publiés à la Série Noire, c’est la rencontre que j’ai envie de partager ici. Discuter de son travail avec un auteur islandais in situ est trop rare pour passer les deux heures passées avec lui sous silence au prétexte que seule l’œuvre compterait.
Un an plus tôt, en octobre 2015, je ne le connaissais pas. Je préparais quelques jours à Reykjavik et ses environs quand un ami de la Série Noire me propose de rencontrer Stefán Máni 
là-bas. « Qui ? », et le voilà qui m’explique qui est cet écrivain dans les grandes lignes. Passé le moment de confusion, comment était-il possible que je n’ai jamais entendu parler de ce gars, m’étonnai-je, outrée ? C’est vrai qu’entre 2010 et 2013, période de parution des trois romans de l’islandais, j’ai lu peu de polars, écrit mon premier livre, eu mes premières publications, j’avais un peu la tête dans le sac. Pour être certains de se retrouver dans cette ville inconnue qu’est Reykjavik, nous avons rendez-vous dans l’une des librairies Eymundsson, grande chaîne de librairies insulaires depuis 1874. Je fais confiance à mon sens de la physionomie pour le reconnaître grâce aux photos de lui qui traînent sur le net (puisqu’en vrai, moi, je ressemble à Lara Stone).
Je suis en avance comme souvent, lui est en retard, ce qui montre d’emblée qui commande (j’ai tiré de ce petit fait horloger une note pour plus tard que j’applique consciencieusement depuis). Il me salue et j’ai l’impression de sentir entre nous le froid piquant de l’iceberg voyageur. À ce moment précis, j’espère qu’il n’y a pas les 9/10ème du « satané glaçon » (petit nom donné à l’île par ses habitants) encore planqués sous le blouson du gars et débute mon numéro d’équilibriste. Je lui propose de boire une bière, il répond qu’il ne boit pas de bière. Mon cerveau se met à turbiner un peu plus high level et je me dis que, peut-être, comme d’autres écrivains, le monsieur a bu et ne boit plus et boira donc du thé, ce que je lui propose. Il accepte, je ne tire aucune conclusion, et nous nous retrouvons assis dans un petit bar très cosy english qu’il connaît, en plein centre, dans un vieil immeuble bas en coin. Pas un touriste ne consomme dans l’établissement, je suis à deux doigts de me sentir de trop. Il faut savoir que le français et l’islandais se ressemblent encore moins qu’un basque et un lorrain. Une fois assis, il a fallu lancer l’entretien informel, ce que j’ai fait autour de la Série Noire et de ses livres, lui indiquant bien que je n’avais pas eu le temps de les lire. Tu as forcément déjà expérimenté la conversation à sens unique, quand l’autre ne pose aucune question, ne rebondit sur rien… J’ai fini par jongler avec deux tasses à thé (attention, métaphore) pour tirer quelque chose du taiseux islandais avant d’affronter ma défaite, de poser mes coudes sur la table et de sourire en me maudissant intérieurement d’avoir écouté l’ami SN et organisé ce rendez-vous. Je me suis tue à mon tour, j’en avais marre, alors au bout d’un moment il m’a demandé ce que j’écrivais. C’est à partir de là qu’on a réussi à échanger et que j’ai compris que le cœur noir de l’islandais ne se dévoilerait pas en d’artificiels accessoires langagiers français, qu’il fallait aller droit au but et oublier les falbalas. Ça m’a soulagée, lui n’a pas bougé d’un pouce, l’air de s’ennuyer autant que moi mais on a commencé à parler métier. Je lui ai répondu vite fait pour lui montrer que j’étais sérieuse moi aussi et j’ai enquillé sur son travail à lui. D’où vient sa nécessité d’écrire, question con par excellence, est-ce viscéral chez lui, comment travaille-t-il, quelle importance attribue-t-il à l’intrigue, vit-il de son écriture, comment gère-t-il les réseaux sociaux, etc… ?
Un vrai interrogatoire qui reste cependant incomplet. Il va falloir que je retourne là-bas lui poser encore deux ou trois questions, sans sourire, à l’islandaise. Et à la corse, en laissant les artifices du langage français de côté. Je ne suis ni islandaise, ni corse, mais comme dirait feu Henning Mankell dans l’émission L’Europe des écrivains (Arte), les racines sont dans la tête.

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©Giulia d’Anna Lupo

Pour ce qui a été dit cet après-midi d’octobre 2015, tu auras la synthèse des réponses demain. Les jours suivants, je te parlerai de NOIR OCÉAN, NOIR KARMA et PRÉSAGES, ses trois livres disponibles en France, de leur sincérité, de leurs défauts et de leurs beautés qui en font des livres authentiques, de la fulgurance de la langue, du sexe, de la drogue, du désespoir, de la malédiction de naître sur une île qui plie les femmes et les hommes à la volonté de ses éruptions et de sa très longue nuit d’hiver,
tout pour pénétrer dans le cœur noir de Stefán Máni.

À suivre, donc.

MVM

((Rapide traduction anglaise :

It’s been a while I wanted to write about SM and his novels published by the legendary Gallimard Série Noire collection and translated in French by EB, the Icelandic boss translator. I’ve been sketching plans about that article for weeks, digging under my feet a perdition path, same in my brain, without doing it, however the will is in. Early in a september morning, I read anew articles about him and his work and I leave my desk for a walk in the countryside, turning my back to the noise of the ajaccian city. There I understood. I wanted to write a very square article to match with newspaper, but it’s not my stuff (even if I asked the newspaper before without any answer – tricky fate), and this hole I was digging without reaching the watertable. When you work too much to do well, you lost your proper silver linings, your style.

But how to talk about this Icelandic author’s books, whose name is so simple (his two first names) that Thorarinsson and other Indriðason hide on the shelves of French bookshops?

My way,
I know no other,
and in several times.

Ladies and gentlemen, Stefán Máni has also an Icelandic name in -son (which you will find on Wikipedia or in Présages’s acknowledgments), he is the son of his father but when an Icelandic writer chooses to simplify his link to the name of the lineage, it could mean two things. He wants to be an individual with his own identity, and as well keep the true Icelandic uses. In Iceland, what we call name is a reminder of the name of the father, very less often the name of the mother. The directory is listed in alphabetical order of first names. If two Stefan attend your party, one will be called Stefán Máni and the other one Stefan Jon for exemple. Stefán Máni sure made a choice about his writer name when he began to write and publish and even if it was just to simplify, it still says something about the young man who left the boredom in Ólafsvík to work and party in Reykjavík, as many Icelanders do, leaving the countryside to few rural Icelandics very well connected and the flow of tourists.

As Iceland hide under his black crust the tectonic contact between American and European plates, the beating heart of the northern hemisphere, Stefán Máni locks darkness and fury on the edge of madness and curse in books that look like surprising lava flows sometimes.

So before reviewing the three novels published in the Série Noire, it’s the meeting I want to share here today. Discuss his work with an Icelandic author in situ is too rare to shut up about the two hours spent with him on the pretext that only the literary work would count. In the beginning of October 2015, I did not know him. I was planning a few days in Reykjavik and its surroundings when a friend from the Série Noire suggested me to meet Stefán Máni there.

« Who ? » I told him, and there he went explaining to me who was Stefán. After a moment of confusion, I asked myself how was it possible that I have never heard of this guy ? It is true that between 2010 and 2013, publication period of his three French translated novels, I merely read crime fiction, wrote my first book, had my first publications. My head was in the trash basket. To be certain to reach each other in Reykjavik, the meeting point was in one of Eymundsson bookstores. I trust my sense of physiognomy to recognize him thanks his pictures on internet (myself, I look like Lara Stone). I’m ahead as often, he is little late, which immediately shows who is in command (I made a note for later that I dutifully apply for same situation). He greets me and I almost feel the bitter cold of the sailing iceberg between us. At this point, I hope there are no 9 / 10th of the ice still stashed under the guy’s jacket and began my tightrope. I offered him a beer, he said he does not drink beer. My brain began to churn a bit more high level and I thought that, perhaps, like other writers, the man drank too much before and does not drink anymore and therefore drink tea, so I asked him. He accepted, I made no conclusion about it, and we ended up sitting in a small cozy bar he knows, in the center of Reykjavik, in an old building down corner. Not a tourist in the joint, I am on the verge of feeling too much on my seat. You should know that the French and Icelandic are less similar than a Basque and a Lorrain (French far away regions). Once seated, we had to launch the informal interview, I did speaking about the Série Noire and his novels, telling him that I did not have time to read him. You’ve already experienced necessarily one-sided conversation when the other does not ask questions, does jump on a subject … I ended up juggling two teacups (note that’s a metaphor) before the taciturn Icelandic became the mirror of my defeat. So I put my elbows on the table and smile inwardly cursing myself for having listened to the SN friend and organized this event. And the wind turn, after a while he asked me what I was writing. It is from there that we succeeded in having a conversation and I understood that the black heart of the Icelandic does not reveal himself thanks the artificial French linguistic accessories, you had to go to the point and forget the frills. It relieved me, did not move him an inch, the looks bored as much as me but we started talking literature. I answered briefly about my work to show him I was serious and I keep on talking about his work. Where does come from the appetite to write, dumb question as always, is this a visceral issue, how does he work, what importance does he give to the plot, does he earn his life thanks writing, how does he manage social networks, etc, etc … A real examination which remains incomplete. I’ll have to go back there, ask two or three questions more, without smiling, Icelandic style. And Corsican style, leaving the artifices of the French language beside. I am neither Icelandic nor Corsican, but as said Henning Mankell on the show Europe of writers (Arte), the roots are in the head.

For what has been said this afternoon of October 2015, you will have the synthesis here tomorrow. Then, the following days I will write about NOIR OCÉAN, NOIR KARMA, PRÉSAGES, his three books published in the Gallimard Série Noire collection, their sincerity, their defaults and their beauties which make each books authentic, dazzling style, silver linings writing , sex, drugs, despair, and the curse of being born on an island which bends women and men to the will of her volcanos and her long winter night, everything to enter Stefán Máni’s dark side.

To be continued.

MVM))

 

La graine

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La mâchoire vissée et les mains aux oreilles ferment l’accès au cerveau,
Vipère pleine dans le crâne, les écailles frissonnant aux fruits surs.
Paupières cousues, le regard inversé scrute l’intérieur et creuse le limon charnel.

Le silence veille la graine semée,
à l’équilibre entre pourriture et vie.

Un peuple entier dans chaque solitude attend dans le vide ou le creux.
Silence, et le froid mord les têtes au vertige, révèle bien plus purs le souffle et la chaleur.

La graine invisible est au creux des mains arides,
à l’équilibre entre pourriture et vie.

MVM

(Photographie Jakob Aue Sobol, I, Tokyo)

Les passagers

broom

dans la pénombre ni jour ni nuit vogue le passager du temps sur le courant régulier sans berge ni horizon le passager du temps ne se souvient pas du départ le passager du temps est en dedans ses yeux à l’envers examinent le néant et les bras serrent le vieil enfant

dans la lumière ni feu ni glace demeure la passagère qui monotone murmure sa mélopée au souffle d’aucune brise les notes à son oreille s’effacent et la passagère envisage l’alentour sauf que personne ne l’entend alors elle reprend son chœur et les bras serrent la vieille enfant

rien ne tient tout est pris temps et lumière tout et rien
au fond de l’esquif dans le courant régulier le passager s’affaisse
la passagère ânonne dans le halo sans couleur
et les bras se resserrent autour des vieux mourants

MVM

 

(photographie Marianne Ihlen par Leonard Cohen)

Le chef de chantier (solitude urbaine)

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Il doit contourner le chantier pour atteindre l’immeuble de la psychiatre à deux rues de chez lui. L’autre fois, il a vu un gros gars qui sortait du chantier, un gros gars tout noir avec un porte-voix. Le chef de chantier, sûrement. Étrangeté. Il s’est demandé si les grands patrons à millions ne fournissaient pas de systèmes radio pour accélérer la communication, la rendre efficace, au plus près de l’oreille assiégée par l’enfer des engins, le but étant de réduire le temps de construction, de réduire les coûts, quitte à faciliter le travail des ouvriers. Et le temps d’imaginer le chef de chantier transmettre les ordres par ce porte-voix au moment même où les engins stopperaient net leur vacarme, posant les ordres du chef de chantier sur le socle du silence en écho, il était arrivé.

Rendez-vous à dix heures avec la psychiatre, que partager d’utile dans le boucan? C’est vide dedans et il n’a rien à en dire.  A se demander si ce n’est pas pour ça qu’il doit y aller. Et elle de lui faire croire qu’elle prend sa part de paroles. Quand on partage, on n’est pas tout seul à discuter. Il préfèrerait partager un café avec le chef de chantier, l’entendre lui raconter l’avancée des travaux, les difficultés, les accidents, la solidarité entre les hommes. Il n’y a pas de femmes sur un chantier.
Longer la chaussée, marcher entre elle et le trottoir, sur la crête urbaine. Virer.  Attendre. Stationner devant la porte cochère de la psychiatre. Rebrousser chemin jusqu’à la porte plastique, son cadenas ouvert et l’affiche permis de construire.

– Ouais ?
– J’pourrais voir le chef de chantier ?
– C’est pour quoi ?
– Vous savez s’il utilise un système de radiophonie pour communiquer ?
– Hein ?
– Avec quoi il vous parle sans se déplacer, il utilise une radio ou son porte-voix ?
– Un téléphone portable, mon pote.
– La dernière fois, je l’ai vu avec un porte-voix.
– Bon, c’était le fantôme du chantier, alors.

L’ouvrier casqué au gilet orange se marre et referme la porte.
S’assoir sur un banc et attendre le chef de chantier.
Il viendra avec son porte-voix.

MVM

(Illustration Richard Downs,  Man #157 , 2011)

 

zabriskie_point_antonioni_1970
Tu veux que ce soit terminé, tu penses que c’est terminé, tu sais que tu vas terminer dans un temps pas longtemps qui prend un temps [in(dé)fini], serré,court ou long, comme le café, cailloux, rochers, gravières, tu le sens, tu sens que tu termines, même si t’as mal aux pieds et aux cheveux, que tu crois crever quand tu relis V1.
Mais c’est comme le haut de la montagne, il est dans ton viseur, tu y poseras les grolles sans l’avoir vu venir.
Et tu prends un peu de ce temps pour regarder autour parce qu’une fois en haut, tu auras la vue sur ta vie d’avant et ta vie d’après. Tu seras plus vieille et vieillie, déjà en route pour la prochaine étape.
Et Cormac McCarthy a beau écrire
« There is no such joy in the tavern as upon the road thereto. »,
j’aimerais bien la boire, ma bière.

(photographie google de Zabriskie Point d’Antonioni, 1970)

Killing thème

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KILLING thème

Fermer la librairie. Elle l’embrasse, souffle du baiser, respiration chaude à la mâchoire. Son refus tacite à lui, monolithe à l’équilibre entre le trottoir et la chaussée.

Il fait un détour par la piétonne.

Arpenter sans se heurter au visuel de la rue, dégueulasserie des étrons à côté desquels crachent les sauvages.

« Ils vivent à poil bien plus pudiques que nous tous. »

La nuit appelle le boire un peu pour s’échauffer dans l’overhand de la langue et mettre à bas les murs de la ville. Il croque le fruit d’un mûrier-platane et s’assoit dans l’ombre de l’arbre à la terrasse d’un café. La bière est fraîche. Quelques clopes dans son paquet de Camel souple qu’il défroisse de deux doigts. S’en met une à la commissure gauche. Il attend l’accalmie des pépiements et craque une allumette, écoute le bout rouge s’enflammer, la tige grésiller. Et comme le corbeau dans la tombée du jour, il fait face au soleil vespéral en soufflant dans l’expiration.

Les deux mains dans la tignasse, il l’ébouriffe puis déboutonne sa chemise, prend une cigarette.

« Vivre à poil, une feuille sur le zgeg’, une clope au bec. »

Et la chair ? Qu’en faire ? Lui résister parce qu’elle peut bien te dire :
« ça ne changera rien », c’est faux.
Et toute la nuit pour écrire.

Laisser les corps morts charrier leurs déchets puis tout refermer et dormir jusqu’à tard. Arrêter de penser à la chair. Il se gratte la tête en regardant l’intérieur du sac. Dîner, clopes, bourbon. La chair. Oublier le désir de liquéfaction sur un dos large en baisant une poitrine. Il se sert un verre.

« Ce n’est pas le même mécanisme. Il y a ce qui doit gicler par le bas pour que le haut se libère.»

Il passe sous la douche les yeux fermés, en sort et fait tourbillonner l’alcool dans le verre avant de le poser. Le miroir lui renvoie un visage tapi dans la broussaille. Il ajuste aux ciseaux la longueur des mèches au-dessus du lavabo, pas trop courtes pour garder la masse.
Il tique : il y a un trou, l’échelle du côté droit. Faut recouper. Il essaie d’égaliser un peu mais se rate, et ça dure.

« J’me suis loupé, merde. » Il passe la tête par l’encadrement de la porte et jette un coup d’œil par la baie vitrée.

Before the days become nights*

Il coupe tout court, se voit sans s’examiner, rase la barbe et découvre son visage.

Il s’installe au bureau. Se lève encore et revient un bourbon à la main, un fond pour dire que le verre n’est pas vide et que lui n’est pas seul face à son livre.

Cette fille que j’ai eue me visite sans frapper à la porte fermée de dedans et traverse la pièce les yeux sur moi pour aller s’engloutir dans le deux-places

Et pourquoi toujours toi tu ne me réponds jamais Des filles plein mais c’est toi qui es là chaque fois tu dois me laisser

Ce soir elle m’examine ne me remet pas cherche le familier dans mon visage glabre et mon crâne de cosaque Elle saisit la paire de ciseaux dans la salle d’eau et m’ouvre de haut en bas en deux parts égales sauf que le sexe La moitié inutile s’effondre sur la jambe molle et je crois que l’hémisphère abandonné palpite Comme moi elle taille ses cheveux et c’est dommage Elle divise et passe entre les yeux qui m’observent sans ciller ne se trompe pas à la médiane de l’arc de Cupidon ni entre les deux seins découpe le ventre et contourne son creux Les ciseaux tombent à terre sans bruit elle m’attrape sa moitié s’offre à la mienne et pourtant c’est moi Je ressens tout d’elle uni à ce demi-corps mes doigts enfoncés en son creux tandis que sa main enveloppe mon sexe raide

J’ai bandé pour toi Il a bandé pour elle me dis-je La phrase se retourne comme je l’ai fait et elle m’a pris
sursaut point fixe cigarette

MVM

* : Trouble Every Day, Tindersticks
Photographie extraite du film TED, Claire Denis, 2001
Nouvelle ‘éditée’ pour publication sur le blog, parue dans la revue en ligne A la dérive n°4, 2012.