Archives pour la catégorie Le Gun : réflexions

Labo personnel.

Regarde Sam Shepard

Il n’y a pas d’âge pour être vieux.
Mais tu peux aussi choisir le printemps.
Regarde Sam Shepard,
tu es plus grise que lui.
Même pieds nus sur la route,
tu es plus grise que lui.
Tu prends trop de sentiers détournés,
parce que c’est difficile la ligne droite,
la simple
la directe,
la toute plate.
C’est difficile.
C’est ennuyeux.
Tes pieds veulent l’herbe, la pierre chaude et la rivière.
Tout le temps.
Prend la route, souffle la tête.
L’heure est à la route.
Au matin de la chute du corps,
Tu n’auras pas tout l’univers dans ton sac.

MVM

(crédit photo ?)

Faire tanière

Rester cachée, faire tanière, hiberner, survivre.
Puis,
Construire un radeau de feuilles et branchettes,
Le poser sur la rigole et
Souffler, délicatesse, exhaler,
Comme la mère expire en brise légère
Au front de l’enfant malade.

MVM

(Rescue Dawn, Werner Herzog)

« There will be no order, only chaos. » (Paranoïa des rêves II)

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La chose, là, tout dedans,
Elle t’observe, elle se régale.
La fuite inutile. Tu la portes.
Elle te gobe, enfouie dans ton âme.
Sens-la.
Elle te vide.
Te trie.
Te dépèce.
T’avale.
T’anéantir.
La mort dans l’âme.

MVM

(Pi, citation et photo)

Le monde sauvage (paranoïa des rêves)

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Il court sur les terres inconnues.
Ce monde est lourd, il le sent dans les rêves d’échappées.
Il  traverse le monde sauvage.
Il court, il court, rapide et léger, il s’élève,
Le cœur accompagne le mouvement,
l’envol au-dessus des arbres.
Les poursuivants ne le prendront pas.
La concentration est le carburant. Maintenant, il les voit du ciel.
Il les sème un moment.

« Et faire face ? »
Ses mots déchirent le silence blanc.

MVM

(Centurion)

Éborgnée

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Tu es vivant mais le charognard te mange les yeux ?
Attrape-le, mord-le, crache-le.
Prépare-le, mange-le, chie-le.
Lave-toi à la rivière. Dehors. Dedans.
Ne deviens pas cette bête oculophage
qui passe son temps à bouffer les gens et leur filer la rage.

MVM

(Photo Le Guerrier Silencieux)

 

Il est parfois des exils plus profonds que la mort d'une femme, pense l'adulte face à la mer.
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(photo tirée du Guerrier Silencieux de Nicolas Winding Refn)
MVM

 

Nina

Lasse, la tête contre la baie vitrée, le contact froid réveille son cerveau.
Nina médite sur le jour passé.
« Rien de bon.»
Nina remplit son verre et s’assoit au piano. Les notes basses vibrent dans son corps, le téléphone does not ring, ce soir. La musique dégage une chaleur factice parce que Nina joue en zombie.
Il lui a tout pris, même la rage, putain. La fierté, elle, s’est barrée avec sa jeunesse mais ça c’est secret entre elle et elle. Dieu aurait dû foutre la cicatrice de l’humiliation dans le dos. Au lieu de quoi, c’est marqué sur notre face et on la voit tous les matins, encore plus si on sourit, alors on fait la gueule et on ne regarde pas, on crée et on oublie son être.
Nina avale presque tout son whisky. Elle noie ses idées glauques dans l’épaisseur de l’alcool.
« Rien de bon ! »
Elle se serre du champagne dans le verre à long drink. Il restait un peu de whisky dedans. Elle rajoute des glaçons à moitié fondus à la main et s’essuie sur sa robe.
« De toute façon, la mélancolie, c’est comme la merde, ça flotte. Qui disait ça, encore ? Je vais m’enfiler tout ce skychamp, à la mienne, et la neige purifiera mon cerveau. I want a little sugar in my bowl. Oh so bad. »
Les yeux exorbités, elle geint plus qu’elle chante, balance ses talons à travers la pièce et grogne en sniffant deux lignes de coke.
Brouillée comme le ciel derrière la baie vitrée, elle fredonne :
« Il n’y a pas à dire, tu es seule mais la vue est belle, Nina. Nina, baby, he’s gone. Ramasse-toi, baby, c’est le chemin qui est comme ça. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa. Ils ont peur. Elle est plus jeune et elle ne marchera pas sur sa baguette. It is what it is. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa.»

MVM

Nina Simone, 1969.
Nina Simone, 1969, Getty images.

 

 

Nuées

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Dans les nuées explosent des chapelles de poussière, fondations grises en terre, flèches dans l’astral.

Les hautes tours sonnent l’hallali.
Têtes et regards se fixent au sommet des torchères.
Le matin s’effondre dans le concret enfer.
L’homme happe l’air puant et mâche de la cendre.

Les brises minérales se répandent sur l’humanité et les enfants s'évanouissent les premiers.

MVM

Photographie Sebastiao Salgado

Tubéreuse

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Au seuil du champ piqueté de fleurs blanches, devant les tubéreuses, des jeunes filles déposent leur panier vide et nouent leurs longs cheveux au pied de chaque rangée.

L’ivoire capiteux couronne les hautes tiges qui se meuvent aux brises du Bharat et ploient sous les grappes sororales.

Les mains des jeunes filles blessent les tiges, les rires volètent, les fleurs blanches sont jolies dans leur panier d’osier.

Les capsules parfumés se dispersent, autotomie subtile, et tournoient pesamment dans la brise orientale.

Bientôt le soir, les chauves-souris se lancent, sortant des frondaisons, tel le signal noir.

Les jeunes filles s’arrangent et dénouent leurs cheveux, elles seront à la nuit rentrées au village, assise près du feu, leurs mains parfumées.

Les corps s’avancent en mélodie sur le chemin et frôlent les grands plants étêtés.

L’une d’entre elles s’attarde et regarde ses sœurs disparaître à couvert, rentrer au village.

Il est tard. De l’autre côté du champ, la forêt s’éveille, les tubéreuses vivantes se redressent dans l’humidité nocturne.

Fracas dans le cœur de l’esseulée.

Liane noire au sari bleuté, intuitive frémissante, elle observe la danse des petites fleurs blanches qui écloront demain.

Passent les primes effluves, demeure l’essence absolue. Les tubéreuses ne s’offrent qu’aux servantes nues.

La cueilleuse baisse la tête et place sa chevelure, ôte la robe drapée et replace sa chevelure. Elle pose un pied dans le champ, hésite un instant, entre.

Les tubéreuses dans un sens puis l’autre, exhalent leur parfum plus sucré à la nuit, volatiles molécules au gré des vents nocturnes.

Respiration retenue et elle ouvre la bouche, le poison s’engouffre et inonde la beauté, dilate son corps blanc et ses pupilles d’onyx.

La beauté se recourbe aux pieds des tubéreuses, s’abandonne à la terre. Son dos absorbe le ciel.

Passent les effluves, demeure l’absolu. L’amnésie, la jouissance et la mort posent la couronne temporelle sur sa tête. Au seuil subtil du dernier souffle, les tubéreuses exhalent leur essence fatale, fanent et tombent sur l’ancienne diaphane, corrompue dans les hautes tiges du champ.

La chair pourrissante offre aux fleurs ce nez décomposé, ce corps putréfié et sanglant.

Quand les cris sur le chemin réveillent la nouvelle être, elle se lève et ouvre les yeux au creux de la nuit sans étoile. Les porteurs de torche crient et s’approchent. Ils ne retrouvent pas la fille du village.

Sa chair est capiteuse et ses lèvres sont rouges.

Elle ouvre grand ses bras et leur tend ses mains blanches.

Ils s’approchent plus près, frémissants mendiants, alors elle les étouffe et les enterre au champ.

Les chauves-souris rentrent sous les frondaisons.
Sous la brise, les boutons de tubéreuse se balancent dans un sens puis l’autre.

MVM

(Photographie Nobuyoshi ARAKI)

Stefán Máni, le cœur noir de l’Islande (2)

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Me revoilà, donc, assise face à un grand verre de bière islandaise (parce que faut pas déconner quand même) dans le Stofan kaffihùs, en face du Stefán Máni dont je vois discrètement les tatouages maintenant qu’il a ôté son blouson (le tatouage, une spécialité Série Noire). Je ne peux pas dire que la glace soit brisée (cf billet 1) mais maintenant qu’on est là tous les deux, on va discuter un peu écriture et livres.

Quand il me salue une heure plus tôt, je ne réalise pas immédiatement que le monsieur est un peu une star en Islande et à Reykjavik ( on a fait trois pas en ville entre Eymundsson et le bar, plusieurs personnes l’ont salué). La sortie d’un de ses livres est un événement et il est traduit en plusieurs langues, tu peux le trouver en France (donc) mais aussi au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Turquie, en Pologne, en Lituanie et en Australie. Il est best-seller en Islande. Cette île, il faut le rappeler, est éminemment littéraire. Les eddas poétiques et les sagas vikings ont fondé la tradition littéraire de l’identité islandaise. Durant les longues nuits d’hiver, les clans, les lignées se rassemblaient autour du feu et s’évadaient de l’obscurité et des difficultés à survivre en rêvant aux récits de guerre, de trahison, de fondation, aux contes magiques et métaphoriques. Werner Herzog qui a eu la chance de voir les manuscrits du XIIIème siècle à Reykjavik parle de ses histoires comme de l’une des plus belles littératures, une littérature fondatrice de l’histoire d’un peuple et de son identité. Je ne m’y connais pas vraiment au sujet des eddas et des sagas alors je te renvoie directement vers Régis Boyer, spécialiste reconnu de la littérature nordique et des valkyries aux Belles Lettres (et ailleurs – mais dans ma bibliothèque, j’ai quelques livres de la vénérable vieille chouette).

Le souci quand tu es best-seller en Islande, c’est que le lectorat n’est pas très large. Si les macareux et les gentils petits chevaux punks savaient lire, je serais Lara Stone. Il y a un peu plus de 300 000 habitants, comme en Corse, sauf que la Corse est environ 12 fois plus petite que l’Islande. Du coup, être traduit à l’étranger est l’assurance de vivre (mieux) de son travail. Et c’est le cas de Stefán Máni qui, s’il ne roule pas sur l’or comme d’autres auteurs nordiques, a déjà publié 14 livres en Islande (si j’ai bien compté, l’islandais étant une langue ardue d’accès).

La transition concernant son writing schedule est toute faite. Il écrit tous les jours. Point. Et il essaie de publier tous les ans. C’est son métier et sa passion, les deux. Dire de l’écriture que c’est un métier sent un peu trop le laborieux pour moi. Utiliser les termes de métier et de passion rappelle comme l’écriture peut être un enjeu de survie viscéral, comme la littérature, les histoires et l’imaginaire le sont pour les Islandais depuis que le premier viking a posé le pied sur cette île et s’est rendu compte que, l’hiver, il fallait se nourrir le cerveau afin de ne pas nourrir soit même la nuit éternelle avant de renaître au printemps (et à la fonte des glaces…). Cet enjeu de survie et de renaissance dans l’écriture se sent très bien dans le roman NOIR KARMA dont je te reparlerai dans le billet suivant, roman auquel l’auteur tient particulièrement, le titre islandais étant son nom d’utilisateur sur Twitter (@Svartur_a_leik).

Quand tu rejoins l’Islande de Paris (Icelandair, je t’aime), tu survoles le Royaume-Uni, les îles Shetland, puis c’est le noir océan (oui, bon, easy) pour de vrai. Quand j’ai fait le voyage, la mer était lourde et ressemblait à l’océan qu’atteignent le petit et son père dans LA ROUTE, à travers le hublot la forme écrasée des vagues mortes vivantes dessinait son parallélisme sur des centaines de kilomètres. De là aux réseaux sociaux il n’y a qu’un pas que je franchis maintenant : l’isolement insulaire n’est pas feint, les réseaux sociaux et l’internet ont ouvert les Islandais (et leurs écrivains) au monde. Ils sont extrêmement actifs sur la toile, et bilingues, sauf quand ils ne veulent vraiment pas se retrouver avec des touristes aux alentours. Vivant en Corse et gueulant comme une ânesse à l’arrivée des camping-cars au printemps, je peux comprendre. Bref. Je m’égare. Stefán Máni utilise Facebook (> 2000 likes sur sa page Stefan Mani Author), Twitter (>2000 followers) et Instagram (@stefan_mani_noir), trois réseaux sociaux sur lesquels il est très suivi, son lectorat se partageant sur ces comptes en fonction de leur utilisation par l’auteur. Instagram reste dévoué aux photographies de paysage et surtout de la déesse mer, le seul et vrai dieu des Islandais, sa page Facebook est assez internationale, le compte Twitter fait le lien entre l’auteur, son grand nombre de lecteurs islandais et ses autres lecteurs, comme moi, qui twittent mais ne veulent pas (ou plus, dans mon cas) de Facebook. Les gens qui n’utilisent pas ou peu les réseaux sociaux, ou aux seules fins familiales, voire de commérage, ne comprennent pas toujours ce que font les écrivains sur ces réseaux. C’est pourtant simple : ils rompent l’isolement physique ou mental qu’ils recherchent et/ou subissent parfois, ils essaient d’atteindre un autre lectorat, un lectorat en plus, collectent des informations, se cultivent, se font peur avec les horreurs qui traînent, s’amusent, déconnent. Ils vivent avec leur temps, quoi. Le mythe de l’écrivain dans sa grotte (ou du philosophe dans sa caverne), c’est stérile au bout d’un moment. Stefán Máni, écrivain islandais, utilise d’autant plus ces réseaux qu’il est lui-même une mise en abîme de solitudes, un écrivain dans une île à deux pas du pôle Nord.

À ce moment de la conversation, que je te retranscris de mémoire, à partir de ce que j’ai compris, après quelques recherches, lui a terminé son thé et moi j’arrive à peine au tiers de ma bière que je voulais suffisante et que j’ai eu pintatesque (les vikings, ça boit, ça pisse et ça reboit, quand ça boit). Avant de le quitter, j’ai envie d’aborder le sujet des inspirations littéraires mais je tâtonne un peu. Ça paraît simple, c’est toujours délicat, en fait, ou compliqué quand les deux auteurs sont étrangers. Bien sûr, il ne m’a pas parlé de la littérature islandaise. D’une, je n’y connaissais pas grand-chose (j’ai quand même lu Boyer depuis, le ponte dont je te parlais plus haut), de deux, c’est sûrement tellement évident pour lui qu’il ne le sait pas ou ne l’évoque pas. Quoi qu’il en soit, je suis absolument certaine que toute cette tradition se retrouve dans les romans islandais contemporains, dans un mélange plus ou moins heureux. On verra que le thème de la malédiction est commun à la tradition littéraire islandaise et aux romans noirs modernes de Máni. Ce qu’il m’indique quand même c’est qu’il lit beaucoup, et je suis d’accord avec lui, si tu ne lis pas, tu ne peux pas écrire et de toute façon tu ne le voudrais pas. La volonté d’écrire n’a pas la même origine que le besoin de lire mais chemine à son côté. Si je me souviens bien, il m’a cité Chandler et McCarthy, il aimerait Big Stevie King, mais dans le fond, cela ne comptait plus. Ce qui m’importait, c’était le partage d’un instant assis à une table avec ce gars qui m’était doublement étranger, inconnu et islandais, autour de règles simples et universelles :

  • écrire est un travail quotidien de longue haleine,
  • il faut être fidèle à soi-même sinon à quoi bon,
  • vivre longtemps c’est bien quand tu veux écrire des livres comme tu construirais ta maison (c’est mieux d’avoir le temps de mettre le toit),
  • l’intrigue n’est pas un mot vulgaire, tout dépend comment tu la prends, tu dois la maîtriser et non la mépriser.

 

Qu’en est-il de ses livres traduits en français ? Je te le dis vendredi 14 octobre .

 

MVM

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(( rapide traduction anglaise :

Stefán Máni, Iceland’s noir side (2)

I’m back, though, sitting in front of a large Icelandic beer glass (because let’s be serious, uh?) in Stofan kaffihùs, in front of the rather big guy Stefán. I can see part of his tattoos now that he has taken off his jacket (tattoos seem to be a Série Noire thing). I can’t really say the ice is broken (see note 1), but now that we’re both here, we will talk about writing and books.

When Stefán Máni greets me an hour earlier, I did not immediately realize that the man is a bit of a star in Iceland and Reykjavik. The release of one of his books is an event and his work is translated into several languages. You can find it in France (though), but also in Denmark, Sweden, Germany, Turkey, Poland, Lithuania and Australia . He is a bestselling author in Iceland. This island, you must know it, is eminently literary. Poetic Edda and Viking sagas founded the literary tradition of Icelandic identity. During the long winter nights, clans, lineages gathered around the fire and were escaping darkness and daily surviving in dreaming stories of war, betrayal, foundation, magic and metaphorical tales. Werner Herzog who had the chance to see the manuscripts of the thirteenth century in Reykjavik speaks of those stories like the finest literature. I do not really know a lot about the Eddas and sagas so I send you directly to Regis Boyer, well-known French specialist in Nordic literature and Valkyries (Belles Lettres publisher and elsewhere – but in my library, I have books from the Belles Lettres venerable old owl).

The concern when you’re bestseller in Iceland is that the readership is not so huge that you can sell enough to earn a living. There is a little over 300 000, as in Corsica, except that Corsica is about 12 times smaller than Iceland. So, be translated abroad is a guarantee to earn better a living from his work. And so does Stefán Máni, even if not rolling in money like some other Nordic authors. He has published 14 books in Iceland (if I read correctly, Icelandic is a difficult language ).

The transition on his writing schedule is all done. He writes every day. Point. And he tries to publish annually. It is his job and his passion, both. Say that writing is a job smells a bit too laborious for me. Use the words of job and passion reminds as writing can be a visceral survival, such as literature, stories and imagination are for Icelanders since the first Viking set foot on this island, and realized that in winter he would have to feed the brain not to feed himself the forever night before rebirth in springtime (and ice meltdown). This issue of survival and rebirth in writing feels very sensitive in the novel NOIR KARMA which I will talk about in the following note, novel which the author particularly cherish, the Icelandic title being his username on Twitter (@ Svartur_a_leik).

When you reach Iceland from Paris, you fly over the United Kingdom, the Shetland Islands and then the ocean is noir (yes, easy) for real. When I did the trip, the sea was heavy and looked like the ocean which reach the father and the boy in THE ROAD, crushed form of the living dead waves drowing its parallelism on hundreds of kilometers. From there to social networks there is just one step I’m doing now: the insular isolation is not feigned, social networks and the Internet have allowed the Icelanders (and icelandic writers) to win the the world. They are extremely active on the web, and bilingual, except when they really do not want to end up with tourists around. Living in Corsica and screaming like a donkey with the arrival of mobil home on narrow roads, I can understand. Well. I digress. Stefán Máni uses Facebook (> 2000 likes on his page Author Stefan Mani), Twitter (> 2,000 followers) and Instagram (@stefan_mani_noir). Instagram remains dedicated to landscape photography and especially the sea goddess, the only true god of Icelanders, Facebook is quite international, the Twitter account keeps the link between the author, his Icelandic readers and others, such as me, tweeting but without a Facebook account. People who have little or no use of social networks, or only on family purposes (or for gossiping), do not always understand what the writers are doing on networks. It’s simple : they break the physical or mental isolation they are looking for and/or sometimes suffering from, they try to reach a different readership, a readership in addition of the classical one, they collect information, they stay tuned with the low level horror on internet sometimes, have fun, etc. They live with their time. The cliché writer in his hole (or philosopher in his cave), that’s sterile for good writing and disconnect from reality. Stefán Máni, Icelandic writer, used especially these networks that he is itself a « mise en abîme » of loneliness, a writer on an island close to the North Pole.

At this point of the conversation, that I transcribe from memory, from what I understood, after some research, he’s done with his tea and I barely reach one-third of my beer I wanted sufficient and that I had « pintatesque » (Vikings, they drink, they piss and they drink anew – I’m not a viking). I want to address the subject of literary inspirations but I hesitate a bit. It sounds simple, it is always sensitive, in fact, complicated most of all when the two authors are foreigners. Of course, he did not told me about Icelandic literature. First, I do not know much (I did read Boyer, so as I was telling you earlier), second, surely too obvious to him. Anyway, I am absolutely certain that all this tradition is reflected in contemporary Icelandic novels, in a mix more or less happy. We will see that the theme of the curse is common to the Icelandic literary tradition and modern thrillers of Máni. What he tells me though is that he reads a lot, and I agree with him, if you do not read, you can’t write and anyway you do not want. The will to write is not from the same origin as the need to read but walks beside him. If I remember correctly, he quoted Chandler and McCarthy, he would like Big Stevie King, but in the end, it doesn’t matter. What mattered to me was sharing a moment sitting at a table with that guy who was doubly foreign to me, unknown and Icelandic, around simple and universal rules:

– Writing is a daily long-term work,

– You should be true to yourself otherwise it’s too much pain,

– Long life is good when you want to write books like you would build your house (it’s better to have time to put on the roof)

– The plot is not a vulgar word, everything depends on how you take it, you have to control it and not despise it.

What about his books translated into French? I’ll tell you pretty soon.

MVM))