77-78-79 : courte brève sur ma mi-génération

Je suis née en décembre 1977 dans une maternité paloise drôlement nommée la clinique des Cigognes. Ni des années 80, ni des vraies années 70, je suis de la génération coupée en deux qui ne sait pas toujours où elle habite. Tous les déménagements vécus durant l’enfance ne m’ont pas aidée à la recherche naturelle de stabilité.
Je suis de passage. Faire mes valises en deux heures quand c’est possible ne me pose aucun problème, je mettrai trois semaines à les défaire. Je sens aussi comme il est inutile de s’attarder parfois.
Ce qui m’appartient, ce qui est à moi, ce ne sont pas mes valises, ni mon nom, c’est l’écriture. Tout pourrait disparaître, mon écriture ne mourra qu’avec moi (très vite, à l’échelle de ce monde). Ce qui m’appartient, c’est donc aussi mon corps.
Il y a mes enfants, mais ils ne sont pas ma propriété, la mainmise sur les enfants flirte avec l’inceste moral. Leur apprendre l’épanouissement n’a rien à voir avec l’autoritarisme ou le chantage affectif.
Les enfants du XXIème siècle n’auront d’autres choix que le virtuel. J’entendais une jeune fille dire à ses parents la privant de FB qu’ils ne vivaient pas dans la réalité (texto). Il n’y a pas à se lamenter, c’est la course de l’évolution, course rapide vers l’humanité 2.0. J’adore Yves Coppens depuis 1997 (deuxième année de DEUG d’Histoire) et il te l’explique très bien dans ses livres.
L’évolution est la barrage à l’orgueil des femmes et des hommes.
M’est quand même d’avis que de la virtualité ne sortira que le néant quand vivre se résumera dans une onde volatile. En écrivant cela, je suis déjà une vieille chouette, d’autant que j’aime bien partager sur Twitter et Instagram. Cela me semble assez souvent futile, jamais vraiment sérieux (excepté pour tout ce qui tourne autour de l’art numérique, des arts décalés). L’inverse de ce que pensent les très jeunes d’aujourd’hui qui inventent leur vie à l’abri des regards parentaux (à fond sur Snapchat). Quand mes enfants entreront dans l’adolescence, il faudra que je prenne l’option gestion des réseaux auprès du grand dépanneur des crises existentielles.
Être née en 77 implique que tu as grandi avant l’ère du numérique, que tu évolues depuis vingt ans avec elle. On en est à la moitié du chemin, quasiment. Vingt ans sans, vingt ans avec. C’est un formidable outil d’accession à la culture et c’est l’explosion de l’intime. (Esprit d’escalier : pour les auteurs, c’est souvent la question de savoir  » Suis-je un auteur des réseaux ?  » )
Dans quelques années, est-ce que les jeunes filles manifesteront sur les réseaux en criant « mon âme m’appartient » ?

Bref.
En décembre 2017, j’aurai 40 ans et j’aurai perdu l’enfance et un siècle, pas l’écriture.

MVM

(photo Debbie Harry)

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