Archives mensuelles : novembre 2016

Il est parfois des exils plus profonds que la mort d'une femme, pense l'adulte face à la mer.
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(photo tirée du Guerrier Silencieux de Nicolas Winding Refn)
MVM

 

Actu : une fois n’est pas coutume, (ce) week-end dans le Beaujolais

Demain, nouveau voyage vers le Nord, direction Lyon et le Beaujolais pour une signature et un salon dans le cadre de la préface que j’ai écrite pour le deuxième roman de Marie-Hélène Branciard.

VENDREDI, je suis à Lyon, je n’ai rien à faire et il pleut. Soit.

SAMEDI , je serai là :

Rencontre & Dédicace avec Marie Van Moere pour Petite louve et Marie-Hélène Branciard pour #Jenaipasportéplainte, préfacé par Marie Van Moere
le samedi 19 novembre à partir de 10 h 30 
à la librairie Cassiopée.
Librairie Cassiopée
1 rue du Docteur Burdet
69620 le Bois D’Oingt
Tél. 04 72 38 20 44
librairiecassiopee.fr

Et DIMANCHE 20 novembre au 3ème salon des livres en Beaujolais, à Arnas :

Signature et  table ronde Vengeance et Polars (avec DOA, Catherine Bessonart, Gilles Caillot, Olivier Martinelli) à 14 h.

Seront présents, entre autres, Bernard Pivot le mythique, désormais serial twitteur, et la merveilleuse Kerry Hudson, Femina étranger 2015 pour LA COULEUR DE L’EAU.

Il y aura aussi DOA présent pour son dernier roman, PUKHTU SECUNDO.
DOA, c’est la machine de guerre au service du souffle littéraire. Amen.
Programme et accès, ici.

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Le 2ème roman, épisode x+1 : le pote au téléphone

DriiiIIIIIiing.
— Salut, Marie !
— Ouais, bonsoir mon chou, comment va la life ?
— Bien, bien, j’ai fini mon roman comme tu sais.
— Oui, félicitations, je t’envie. Tu as commencé la tournée des relecteurs, alors ?
— Naaaan, je sais que t’aimes pas ça, en plus. Te moque pas. Je l’ai juste fait lire à (biiiiiiiiiip).
— Ah oui, c’est bien, mais ne les multiplie pas. (message subliminal : je n’ai pas le temps)
— Bon, et toi, tu as terminé le tien ? (message subliminal : tu peux relire le mien ?)
— Toujours pas. (MS : pu$*£% de biiip de m**** , arrêtez de me poser la question, quand j’aurai terminé, ce sera l’apocalypse)
— Non mais kestufé ?!
(et, là, attention la métaphore filée)
— 
Suis pas une pisse-copie, mon chou, je produis un concentré d’ammoniaque, comme une vieille requine polaire. (MS : justification en mode provoc’ à deux balles)
— Pouah.
— Bon. (MS à moi-même : allez, l’est sympa, lui, déjà que je suis en froid avec la moitié de la ville) Et j’écris à côté aussi.
— Oui, j’ai vu ton reportage sur l’Islande. Au top.
— Combien de signes ?
— (nombre raisonnable à 6 chiffres)
— OK, envoie par mail, et invite-moi à déj’ à L’Altru Versu dans 15 jours. (MS : t’as gagné mais laisse-moi croire que tu crois que j’ai gagné)

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Lendemain de (dé)faite

« Jamais il ne devait passer :
– Il ne passera jamais. Hillary gagnera maintenant qu’ils ont dézingué Bernie.
Elle en était tellement sûre qu’elle ne s’en est pas préoccupée, même pas une seconde. Elle se contentait d’en sourire, blasée, se souvenant de photographies sur lesquelles Bill jouait au golf avec lui et Rudy de New York, ou d’Hillary faisant le V de la victoire devant un hélico avec des soldats irakiens peut-être, afghans ? Moyen-orientaux, en tout cas.  Elle déteste les hommes et femmes politiques, en règle générale et très souvent particulière. Finalement, les Amerloques avaient le choix entre la peste et le choléra, ils choisiront la peste, au moins c’est une femme, se disait-elle. Quelque part, quelque part, il y aura une avancée.

Hier matin, sa fille lui demande, ahurie devant les résultats d’une élection qui ne devait pas les concerner directement, du moins pas dans leur sphère intime, à elle et son enfant :
– Pourquoi c’est encore un homme qui gagne ? Je voulais Hillary !
– Parce que les Américaines ont voté pour lui, ma chérie. N’oublie jamais ça. Viens, on éteint Big Fat Motherfucker télé et on va se promener pour réfléchir à la suite. « 

MVM

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(Photographie Evelyn Bencicova Fête)

Nina

Lasse, la tête contre la baie vitrée, le contact froid réveille son cerveau.
Nina médite sur le jour passé.
« Rien de bon.»
Nina remplit son verre et s’assoit au piano. Les notes basses vibrent dans son corps, le téléphone does not ring, ce soir. La musique dégage une chaleur factice parce que Nina joue en zombie.
Il lui a tout pris, même la rage, putain. La fierté, elle, s’est barrée avec sa jeunesse mais ça c’est secret entre elle et elle. Dieu aurait dû foutre la cicatrice de l’humiliation dans le dos. Au lieu de quoi, c’est marqué sur notre face et on la voit tous les matins, encore plus si on sourit, alors on fait la gueule et on ne regarde pas, on crée et on oublie son être.
Nina avale presque tout son whisky. Elle noie ses idées glauques dans l’épaisseur de l’alcool.
« Rien de bon ! »
Elle se serre du champagne dans le verre à long drink. Il restait un peu de whisky dedans. Elle rajoute des glaçons à moitié fondus à la main et s’essuie sur sa robe.
« De toute façon, la mélancolie, c’est comme la merde, ça flotte. Qui disait ça, encore ? Je vais m’enfiler tout ce skychamp, à la mienne, et la neige purifiera mon cerveau. I want a little sugar in my bowl. Oh so bad. »
Les yeux exorbités, elle geint plus qu’elle chante, balance ses talons à travers la pièce et grogne en sniffant deux lignes de coke.
Brouillée comme le ciel derrière la baie vitrée, elle fredonne :
« Il n’y a pas à dire, tu es seule mais la vue est belle, Nina. Nina, baby, he’s gone. Ramasse-toi, baby, c’est le chemin qui est comme ça. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa. Ils ont peur. Elle est plus jeune et elle ne marchera pas sur sa baguette. It is what it is. T’es pas une junkie, pas comme Billie, t’es une divaaaaaaaaaa, comme Mariaaaaaaaaaa.»

MVM

Nina Simone, 1969.
Nina Simone, 1969, Getty images.

 

 

Nuées

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Dans les nuées explosent des chapelles de poussière, fondations grises en terre, flèches dans l’astral.

Les hautes tours sonnent l’hallali.
Têtes et regards se fixent au sommet des torchères.
Le matin s’effondre dans le concret enfer.
L’homme happe l’air puant et mâche de la cendre.

Les brises minérales se répandent sur l’humanité et les enfants s'évanouissent les premiers.

MVM

Photographie Sebastiao Salgado

Tubéreuse

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Au seuil du champ piqueté de fleurs blanches, devant les tubéreuses, des jeunes filles déposent leur panier vide et nouent leurs longs cheveux au pied de chaque rangée.

L’ivoire capiteux couronne les hautes tiges qui se meuvent aux brises du Bharat et ploient sous les grappes sororales.

Les mains des jeunes filles blessent les tiges, les rires volètent, les fleurs blanches sont jolies dans leur panier d’osier.

Les capsules parfumés se dispersent, autotomie subtile, et tournoient pesamment dans la brise orientale.

Bientôt le soir, les chauves-souris se lancent, sortant des frondaisons, tel le signal noir.

Les jeunes filles s’arrangent et dénouent leurs cheveux, elles seront à la nuit rentrées au village, assise près du feu, leurs mains parfumées.

Les corps s’avancent en mélodie sur le chemin et frôlent les grands plants étêtés.

L’une d’entre elles s’attarde et regarde ses sœurs disparaître à couvert, rentrer au village.

Il est tard. De l’autre côté du champ, la forêt s’éveille, les tubéreuses vivantes se redressent dans l’humidité nocturne.

Fracas dans le cœur de l’esseulée.

Liane noire au sari bleuté, intuitive frémissante, elle observe la danse des petites fleurs blanches qui écloront demain.

Passent les primes effluves, demeure l’essence absolue. Les tubéreuses ne s’offrent qu’aux servantes nues.

La cueilleuse baisse la tête et place sa chevelure, ôte la robe drapée et replace sa chevelure. Elle pose un pied dans le champ, hésite un instant, entre.

Les tubéreuses dans un sens puis l’autre, exhalent leur parfum plus sucré à la nuit, volatiles molécules au gré des vents nocturnes.

Respiration retenue et elle ouvre la bouche, le poison s’engouffre et inonde la beauté, dilate son corps blanc et ses pupilles d’onyx.

La beauté se recourbe aux pieds des tubéreuses, s’abandonne à la terre. Son dos absorbe le ciel.

Passent les effluves, demeure l’absolu. L’amnésie, la jouissance et la mort posent la couronne temporelle sur sa tête. Au seuil subtil du dernier souffle, les tubéreuses exhalent leur essence fatale, fanent et tombent sur l’ancienne diaphane, corrompue dans les hautes tiges du champ.

La chair pourrissante offre aux fleurs ce nez décomposé, ce corps putréfié et sanglant.

Quand les cris sur le chemin réveillent la nouvelle être, elle se lève et ouvre les yeux au creux de la nuit sans étoile. Les porteurs de torche crient et s’approchent. Ils ne retrouvent pas la fille du village.

Sa chair est capiteuse et ses lèvres sont rouges.

Elle ouvre grand ses bras et leur tend ses mains blanches.

Ils s’approchent plus près, frémissants mendiants, alors elle les étouffe et les enterre au champ.

Les chauves-souris rentrent sous les frondaisons.
Sous la brise, les boutons de tubéreuse se balancent dans un sens puis l’autre.

MVM

(Photographie Nobuyoshi ARAKI)