Archives mensuelles : avril 2016

It’s only rock ‘n roll but I like it

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Alors restons dans le thème du deuxième roman (deuxième étant un sous-ensemble de roman, bien sûr). Je parlais de la nouvelle un peu plus tôt. Je ne sais plus quel écrivain disait que si tu as une nuit, tu as une nouvelle. Avec le roman, t’as intérêt à prendre un big appel d’air pour te préparer à une longue apnée. Si tu préfères les images sylvestres, prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt parce qu’il faut que tu ramènes la peau de l’ours (que tu ne vendras pas) après en avoir mangé le foie sous la voûte céleste. Bref. Mentalement et physiquement, écrire un livre c’est quelque chose.
Quand tu entres dans un deuxième livre, tu affines ta technique, celle dont on t’a parlé dans ton premier, celle que tu ne savais pas avoir. Ce n’est pas tant la technique au sens général du terme que ta très particulière façon de charpenter ton roman. Un roman en dit tellement sur toi. Qu’il soit très personnel ou affreusement impersonnel, viscéral ou efficace, hygiénique ou plein de merde. Jamais tu ne pourras cacher ta personnalité derrière un roman. Et pour quoi faire, d’ailleurs ? Se cacher derrière l’écriture de fiction est la plus grande illusion de la littérature et des auteurs, c’est tant mieux. C’est bien ça qui fait la part des choses entre l’art et l’artisanat.
Donc, tu réfléchis plus à ton art lors du deuxième roman mais pas vraiment à ta manière de faire, d’écrire, de vivre l’écriture de ton livre parce que de ces belles volontés totalement intégrées à toutes tes identités, l’irréductible dénominateur commun à chacune, c’est le désir désir désir désir désir désiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir.
Certes, les écrivains sont des artistes. Ils et elles luttent contre leurs désirs pulsionnels qui les draguent vers le fond des abysses parfois. Mais quand le désir d’écrire est le plus fort, ils sont comme le Kraken de Tennyson, ils reviennent expirer leurs obscurités à la surface et c’est bien comme ça qu’on les aime, que je les aime et que je suis, aussi. Je vis et j’exulte avec mes désirs d’antipodes (« antipodiques », c’est trop moche comme adjectif), je balaie tout quand mon désir d’écrire (ce que mon foisonnant cerveau implose) m’ouvre en deux.

Assez souvent, quand je me relis, je me dis « tout ça pour ça? c’est terrible ma vieille ». Mais oui, tout ça pour ça. Il faut écrire tout ce que j’ai dans ma dead zone pour survivre à la rapidité de l’existence, assumer la mort quand on a des enfants soi-même. Tout un programme.

Finalement, cela ne fait qu’un peu plus de deux ans que je travaille à ce numéro 2. C’est donc le temps du roman. C’est presque rassurant en un sens. Tu écris une première version qui évolue en cours de route quand tu passes du passé au présent, tu corriges le squelette bancal, tu remercies ton éditeur pour sa confiance qui ne se dément pas et ses conseils éclairés, tu remontes un squelette plus structuré, tu rabotes d’un côté, développes d’un autre, changes le point de vue pour plus d’acuité, tout cela au rythme de l’ours, avec des pauses, des fulgurances, deux hivernations, de longs étés, cycles qui fortifient l’ensemble d’un recul et d’une maturation qui étaient déjà présents lors de l’écriture de PETITE LOUVE sauf que tu ne t’en rendais pas compte.
Avec ce numéro 2, je me découvre un peu plus, notamment mes défauts, et s’il n’est pas question de discipline (beurk), il est question de savoir où je veux aller et comment je fais pour y aller en tentant d’oublier l’aléatoire de la vie quotidienne qui fera tout (tu entends ? TOUT) pour te freiner, briser tes mollets dans des pièges à dents, mais tu t’en fous, le désir est là, et tu ramperas sur les avant-bras s’il le faut pour continuer ta route.
Une chose que je retiendrai pour le prochain. Contrairement au passage immédiat PETITE LOUVE vers numéro 2, je n’entamerai pas numéro 3 de suite, ça m’évitera peut-être d’avoir à réparer le squelette en cours d’écriture.

MVM

(Brian Jones et Keith Richards te souhaitent un bon week-end.)

Petit agenda (une fois n’étant pas coutume) pour mai et juin.

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Le 7 Mai, je serai à I Scontri di U Libru è di a Storia, le salon du livre d’Île Rousse. C’est la deuxième édition de ce festival, soutenue par la Collectivité Territoriale de Corse, et c’est notable dans un contexte de fonte des subventions pour les festivals littéraires.

Les 17 et 18 mai, la SGDL organise le stage Formation Niveau 2 au métier d’écrivain. Tous les aspects administratifs et sociaux du statut d’écrivain seront abordés lors de deux journées qui font suite à la Formation Niveau 1. Si tu es un(e) auteur(e) publié(e), tu as parfois besoin d’éclaircissements pour t’y retrouver et la SGDL est d’une grande aide. Si j’ai le temps, je publierais ici un résumé de ces journées parisiennes à l’hôtel de Massa. Et je rappelle que la SGDL permet dorénavant aux auteurs d’avoir accès à leurs chiffres de vente (avec l’ISBN de l’ouvrage) en cas de difficultés d’obtention du relevé de droits ou de litiges avec un éditeur (sur place, en personne ou par délégation).

Le 18 juin, c’est à Marseille, dans la cour du Conservatoire National de Région Carli, que sera remis le Prix Marseillais du Polar après plaidoiries. L’avocate de PETITE LOUVE, Ashkhen Aruthyunyan aura quelques minutes dans le cadre d’un concours d’éloquence pour défendre mon roman afin qu’il remporte ce prix. J’y serai [avec les autres auteur(e)s prévenu(e)s et leurs avocats] pour la soutenir et essuyer les foudres du procureur puisque la justice des hommes en prend pour son grade dans mon livre. Merci à Gilles Del Pappas et à l’Association du Cours Julien.

La nouvelle : petit cœur palpitant de la littérature

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En France, l’opinion répandue à la lecture de nouvelles, quand elles sont bellezetbonnes, tourne autour de :
–c’est DIStrayaaaant mais DISpensaaaable– Quand je lis ça, je pense invariablement au cliché critique du suspense âleutant pour les thrillers.
Bref. On se passe de ces avis.
Pourquoi,  me direz-vous ? Parce que j’en écris et que les nouvelles sont un véritable labo d’expérimentation de la littérature. Primo.
Si je me place du point de vue de l’auteur ? Peut-être. Mais je suis fatiguée d’entendre qu’un roman est bon et sérieux juste parce qu’il compte plus de 500 pages. Le côté reconnaissance besogneuse me fatigue, genre « ce roman a demandé un max de boulot alors il est sérieux et par delà inattaquable ». Et très chiant, parfois. Oui, ça pue un peu le David contre Goliath. Tu sais qui gagne à la fin.
Secundo, la nouvelle, c’est un des cœurs vaillants de la polymorphe monstresse Litcheutcheu, comme l’essai pour la philo en quelque sorte. La nouvelle est reconnue presque partout. Il n’y a que chez nous, prétentieux Français, qu’elle tire la langue et que les lecteurs (et donc certains éditeurs) lui tirent la langue, à moins qu’elle fasse le voyage transatlantique. Je te recommande les superbes nouvelles d’Annie Proulx, de Big Jim Harrison – pleure, pleure – ou les merveilleux contes de nos enfances, l’Ancien Testament aussi, hein… Rien d’avant-gardiste, peut-être, une sorte de base de rappel. Je ne peux pas tout lire, ce n’est pas mon boulot. Dans le polar, tu en trouveras aussi beaucoup qui montrent comme les auteurs savent raconter une vraie histoire noire en faisant la nique au spectre de la mise en intrigue lourdingue.

La nouvelle est très adaptée au format numérique. La maison d’édition E-FRACTIONS en publie dans ce format (une des miennes, BUCKAROO, est présente au catalogue). E-FRACTIONS est en lutte constante pour la reconnaissance de la nouvelle littéraire et combative.

Amen.

Nouvelle et novella, je vous aime.

MVM

(Photo : Salma Hayek dévore le cœur du dragon dans Tale of tales)

 

Henning Mankell, Wallander et la folie de quelques femmes (citation)

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« Beaucoup de femmes m’écrivent qu’elles voudraient guérir la solitude de Wallander. Je réponds rarement à ces lettres-là. Je ne crois d’ailleurs pas qu’elles attendent de réponse. Les gens sont raisonnables, malgré tout. Si grand qu’en soit notre désir, on ne peut vivre avec un personnage littéraire. On peut l’avoir pour ami – un ami imaginaire, qu’on sort quand on en a besoin.
La mission de l’art est entre autres de nous procurer des compagnons. »

Henning Mankell dans WALLANDER ET MOI, essai situé à la fin de LA MAIN ENCOMBRANTE (Seuil 2014).