Archives mensuelles : juin 2015

Point de fuite et perspective

Fin juin, il est nécessaire de s’assoir en bord de chemin, les fesses dans l’herbe, à l’ombre d’un grand arbre au pied duquel fut mal enterré un pauvre voyageur détroussé de ses quelques piécettes ; la vie émergeant du chaos, les racines se sont nourries des fluides de décomposition et, aujourd’hui, il est donc possible de s’assoir en bord de chemin, les fesses dans l’herbe, à l’ombre du grand arbre pour observer le point de fuite et la perspective.

Le 11 juin, PETITE LOUVE est sorti en poche chez Pocket éditions. Le grand format publié à La Manufacture de Livres en janvier 2014 a reçu un bel accueil critique, a été dans la dernière sélection du prix Landerneau, a reçu le prix Plaidoiries pour un Polar de Dijon 2014.

La sortie Pocket a donné lieu à un article sur le blog de la belle librairie Charybde, rue de Charenton à Paris,

« Insolite road novel marseillo-corse aux chairs très à vif, redoutablement violent et néanmoins pudiquement tendre. »

https://charybde2.wordpress.com/2015/06/11/note-de-lecture-petite-louve-marie-van-moere/

et il est également présent dans les quelques « Provisions de poches » pour l’été dans L’EXPRESS du 24 juin sous la plume de Delphine Peras  :

« Si vous l’avez raté lors de sa parution en 2014 à la Manufacture de livres, précipitez-vous sur ce premier roman noir, très noir, très fort. C’est une course-poursuite oppressante en Corse, où Agathe Ankri et sa fille de 12 ans tentent de semer deux caïds sanguinaires : des Gitans marseillais qui veulent venger leur frère, tué par Agathe après qu’il eut violé sa « petite » à la sortie du collège. Œil pour œil, instinct de survie. La gamine, très mature, comme cadenassée, et sa mère, à cran, vont trouver refuge chez le berger Orsanto. Un répit de courte durée ? Des flingues, des couteaux, du sang, du sperme, beaucoup de violence : d’une écriture chauffée à blanc – quel style ! -, l’auteur née à Pau en 1977 et établie à Ajaccio, explore avec éloquence les tréfonds de la nature humaine, dans un décor de toute beauté. »

Sans oublier la chronique et l’entretien de et avec Anouk Langaney sur Alta Frequenza

http://www.alta-frequenza.com/l_info/l_actu/podcast_anouk_nous_presente_petite_louve_de_marie_van_moere_75182

et l’entretien télévisé avec Philippe Martinetti pour son émission 6 1/2 diffusée sur France 3 Corse ViaStella toujours à propos de PETITE LOUVE juste avant la sortie Pocket.

 

Pour le reste, je participerai au 9ème festival du polar méditerranéen les 18 et 19 juillet à Ajaccio. Cette année, ce festival n’a reçu aucune subvention et se bat pour survivre sous la houlette du trio Orsi, Ceccaldi et Lovichi de la maison d’édition Ancres Latines. Comme ils l’indiquent sur leur site : « On réduit la voilure mais on maintient le cap et la convivialité. »

http://scripteur.typepad.com/corsicapolar/

En septembre, je terminerai l’écriture du deuxième roman à paraître à la Série Noire l’année prochaine en résidence dans le Lot, résidence pour laquelle je suis subventionnée par le CRL Midi-Pyrénées (Dieu le bénisse, comme on dit ici). Tu peux visiter le site de la maison d’écrivains à l’adresse suivante

http://depurefiction.fr/le-site/index.html

Je conclurai assise au bord du chemin, les fesses dans l’herbe, à l’ombre sous mon arbre, qu’il n’est pas onéreux de faire venir des auteurs résidant en Corse dans les salons du continent. Il suffit juste de le prévoir (merci à Mauves en Noir et Toulouse de m’avoir invitée l’an dernier).

(Un jour, je saurai intégrer des liens dans un article de blog.)

Point de fuite et perspective.

(Photo tirée du clip de Grizzly Bear pour la chanson Ready, Able)

 

 

La malédiction de Sisyphe, le mythe de l’écrivain

Conscience et révolte, ces refus sont le contraire du renoncement. Tout ce qu’il y a d’irréductible et de passionné dans un cœur humain les anime au contraire de sa vie. Il s’agit de mourir irréconcilié et non pas de plein gré. Le suicide est une méconnaissance.

LE MYTHE DE SISYPHE, Albert Camus, Gallimard, 1942.

TRUE DETECTIVE : la fin ne justifiait pas les moyens

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas TRUE DETECTIVE, c’est THE crime show dont les Amerloques ont débattu l’an dernier entre la poire et le fromage. Ont surtout été abordées les questions de plagiat ou non par Nic Pizzolato des philosophes pessimistes, anciens ou contemporains, et de quelques répliques de comics. Je ne sais rien à ce propos, je suis une grande contemplative (aujourd’hui) mais piètre philosophe, quant aux vignettes de comics, à force d’en lire, on ne sait plus qui pique quoi à qui. Rappelons à toutes fins utiles que sans faire de plagiat (c’est péché), la conversation entre les auteurs et les artistes nourrit le blossoming de l’esprit et de la littérature depuis la Bible (au moins). Quelques grands thèmes traversant la série (identité, monstres, violence, etc…) ont fait l’objet d’articles fouillés. Les Amerloques (que j’aime bien, par ailleurs) ont élevé le débat culturel autour d’une série télévisée… Bon, Télérama et Les Inrocks s’y sont collés aussi. Juste pour dire.
Je vais faire court parce que si la série ne m’a pas déplu, je fus bien marrie d’être si déçue à la fin. Généralement, quand ça mousse, j’attends que ça retombe pour m’éviter l’effet de foule, je suis agoraphobe des idées instantanées. J’ai donc sagement attendu que Canal Plus diffuse les épisodes et j’ai tenté.
L’historique de mon ressenti au visionnage ne t’intéresse pas alors venons en au fait.
Il y a de très bonnes raisons de regarder TRUE DETECTIVE quand le grand raout de la vie quotidienne te lâche un peu la grappe. D’une part, l’esthétique est superbe, la musique formidable, le rythme sort de l’action boum boum habituelle pour ce genre de format. Et, mes ami(e)s, Matthew McConaughey et Woody Harrelson vont vous montrer la différence entre un planton de série B et un grantacteur (en plus d’être terriblement sexy et vicieux). Même s’il SEMBLE qu’ils aient chacun un rôle cliché des dummy et brainy flics, l’éventail du jeu est large et subtil. Et sans se voiler la face plus longtemps, ce sont deux des plus vicieux et sexys (oui, BIS). Si tu as vu KILLER JOE, tu me comprends. Matthew McConaughey joue le rôle du flic torturé et gothicoromantique qui en a chié des ronds de chapeau : sa femme l’a quitté à la mort accidentelle de leur fille et depuis tout n’est que descente aux enfers. Woody Harrelson s’est choisi le rôle du flic efficace et borné qui aurait une vie de famille idéale s’il ne fuyait cet enchaînement dans l’alcool (névrose communautaire des hommes) et les femmes. Quoi qu’il en soit, on aurait envie de baiser les deux à mort et d’être les reines du monde. Attention, cette dernière phrase est à mon avis exactement ce que doit penser le cœur de cible féminin de la série. Mais Harrelson et McConaughey font ça bien et comme souvent le sexe ne se trouve pas tant dans la scène de sexe que partout autour. Aux USA, la sexualisation des rapports dans le quotidien est forte mais il ne faut surtout pas lever ce voile.
Si le sexe est partout, il faut donc chercher la femme, ou plutôt les femmes. Et là, je ne vais pas insulter l’intelligence des brainstormers du tankscreenplay sauf que franchement, merci bien . . . Elles sont mortes, maîtresses, putes, traîtresses, droguées, fin de race, mère tueuse, mère souffreteuse, folles, vieilles et j’en oublie sûrement. Vous me direz :
« Et alors, t’es pas contente justement ? »
Non. Non, je ne suis pas contente parce que toutes ses charmantes et très humaines filles et femmes ne servent qu’à deux choses : mettre les hommes en lumière au miroir de leurs victimes et les femmes sont des victimes dans cette série. Prenons l’exemple de l’épouse de Woody Harrelson, jouée par Michelle Monaghan. Excellente mère de famille, infirmière (rha le cliché, quoi…), ultra-mince, de beaux cheveux, les dents blanches, patiente avec son mari absent, elle lui pardonne une grosse incartade avec une très belle poitrineuse, qui n’est pas une pute mais travaille au tribunal, libre et libérée, fait que Marty n’accepte pas, lui trompe sa femme et sa maîtresse est à lui. Tu cliches le cliché ? L’épouse reste aux côtés de Marty et gère l’adolescence très sexuée de son aînée qui ressemble tellement à son père que ce dernier la gifle pour ce péché incroyable. Elle reste aussi parce que Rust (Matthew McConaughey) lui rappelle, selon les pires misophilosophoques pessimistes, que la vie n’est qu’un long cauchemar, que les parents se mettent ensemble pour perpétuer l’espèce et c’est tout, qu’il faut donc avoir le sens des responsabilités et RESTER. Elle tient l’excuse de sa vengeance contre Marty quand celui-ci recommencera son manège avec une ancienne prostituée. Elle part trouver Rust qui ne résiste pas et la saute en levrette contre le bar de son appartement dont les murs sont dévolus à l’intrigue (dont je me tape présentement). Ils baisent à fond trente secondes la tête dans les cadavres. Entraves-tu la symbolique ? Et le pauvre Rust, une fois soulagé, se rappelle qu’il vient de se faire la femme de son collègue et la fout dehors. Il est saoul comme une barrique, contrairement à elle, il peut donc être pardonné.

La question que je me pose est donc la suivante : les intellectuels rassemblés autour de la création de cette série (ne généralisons pas…) seraient-ils misogynes et impuissants ? Peut-être.

Une dernière question : Quel était l’objectif de HBO avec cette production ?

HBO sait bien que son public cible doit être le plus large possible pour péter un gros succès financier, et que ce succès est assuré par la couche sociale aisée, les cadres moyens supérieurs, avec tous les clichés que ça trimballe. Et le pire cliché, celui que je déteste le plus, est le cliché dissimulé sous un masque d’intellectualisme. Il faut donc faire du sexy, du violent, de l’intelligent, du déviant en faisant bien gaffe de ne pas dépasser les bornes pour garder son cœur de cible pépette. Les rednecks sont donc méchants, consanguins, pervers et débiles. Les femmes pauvres du bayou délaissent leurs enfants quand elles ne les tuent pas les uns après les autres, les drogués sont débiles (sauf Rust qui s’en est sorti avec des séquelles neurologiques et ne replonge que pour les nécessités du service ; et il est tellement génial qu’il équilibre l’indigence cérébrale d’une brassée de rednecks à lui tout seul). Les femmes quant à elle ne sont là que pour causer torts et tourments aux hommes. La vie n’est donc qu’un long chemin de croix pour tout humain ici bas.

Pour plaire aux gonzesses, Pizzolato et la production ont tourné une happy end. Là, aussi, quand tu passes 8 épisodes à faire dire à l’un des personnages principaux que l’existence n’est qu’un long cauchemar et que tu balaies tout en quelques lignes de scénar’ durant les dix dernières minutes du dernier épisode, tu te fous un peu de la gueule du monde. Parce qu’il n’y a aucune autre raison de la tourner comme ça, la fin, excepté faire plaisir à un cœur de cible, une audience, des spectateurs.

Et puis, ils savent aussi peut-être que les femmes sont leur propre tombe parfois, qu’elles aiment bien voir des plus salopes ou mauvaises mères qu’elles, que ça les rassurent, qu’elles ont envie de baiser à mort les deux héros et de leur offrir la rédemption impossible de la femme totale pouffémaman, qu’elles ne veulent donc pas voir mourir les héros sinon elles débranchent HBO.

En fin de compte, HBO a voulu secouer les lignes des foyers en proposant une série un peu plus élevée que d’habitude, très esthétique, avec de fabuleux acteurs sans aller au bout de la démarche intellectuelle, en s’appuyant sur les minorités ou les plus faibles pour mettre en valeur les foyers de cadres moyens supérieurs qui paient pour HBO ou pour les produits balancés pendant les pubs.

Regarde HBO, sois bien secoué, sors de chez toi et va travailler, parle de HBO, rentre chez toi, mange les produits que tu as vus dans la série HBO et regarde HBO avec ta femme ou ton mec avant d’aller te coucher, soulagé(e) de n’avoir pas dévié du droit chemin grâce à TRUE DETECTIVE.

Amen.

MVM